Quand les Français surestiment le risque d’automatisation de leur emploi mais sous-estiment l’investissement nécessaire pour l’acquisition de nouvelles compétences

PARTIE 1

En 2014, une étude du cabinet de conseil Roland Berger faisait grand bruit en affirmant que 42% des emplois français risquaient d’être automatisés dans les 10 à 15 prochaines années, et 3 millions détruits d’ici 2025. Ces études, largement médiatisées, comme celle des économistes d’Oxford Carl Benedikt Frey et Michael Osborne de 2013 [1] qui affirmaient que près d’un emploi sur deux était menacé aux Etats-Unis (47%), sont aujourd’hui largement nuancées. En France, le Conseil d’Orientation pour l’emploi a fait le point en 2017 [2] et a mené sa propre enquête, qui conclut, de façon moins anxiogène que :

  • Seule une faible part des emplois ont un indice d’automatisation élevé : autrement dit, moins de 10 % des emplois cumulent de manière importante des caractéristiques qui les rendent vulnérables au vu des avancées technologiques actuelles.
  • une part bien plus importante des emplois est toutefois potentiellement concernée par l’automatisation : près de 50 % des emplois pourraient voir leur contenu évoluer avec le développement des technologies de la numérisation et de l’automatisation.

Sur le premier point, signe que les Cassandre sont toujours plus relayés que ceux qui véhiculent de meilleures nouvelles, notre enquête révèle que 29% des Français interrogés pensent que leur emploi sera automatisé dans les années à venir.

Les Français sont donc exagérément pessimistes sur ce point… Mais ils devraient plutôt s’inquiéter de la deuxième réalité mise en avant par le Conseil d’Orientation pour l’emploi : la plupart d’entre eux vont devoir adapter leurs compétences (un autre travail, le rapport Dell / Industrie du futur de 2017 affirme que 85% des métiers exercés en 2030 n’existent pas encore). Et ils sont dans ce domaine, un peu exagérément optimistes…

Car d’un côté, 69% d’entre eux (dans notre enquête) s’estiment armés pour faire face à la digitalisation dans le cadre de leur travail. Mais de l’autre, toutes les études à ce sujet sont beaucoup plus pessimistes :

  • L’étude OpinionWay /SBT Human(s) Matter de juin 2018 indiquent que 88% des Français se disent « connectés », mais l’évalue le niveau moyen de maîtrise des compétences digitales des salariés Français à seulement 3/10…
  • A l’Indice européen élaboré par la Commission Européenne de l’économie numérique et de la société (DESI), elle occupe la 18° place européenne sur 28. Cet indice évalue les performances des États membres dans des domaines tels que la connectivité numérique, les compétences numériques, les activités en ligne et la transformation numérique des entreprises et des services publics. Le Danemark, la Suède et la Finlande occupent le podium de cette étude. Les pays scandinaves sont aussi en tête des pays disposant du meilleur taux d’équipement en TIC à l’Ecole.

Pour conclure :

  • La situation française apparaît comme assez paradoxale : malgré un retard constaté en termes de compétences numériques, les Français sont globalement moins en demande de formation que leurs voisins et semblent plus confiants quant à leur avenir.
  • De même, malgré la digitalisation observée du marché du travail, la peur de l’automatisation et donc du remplacement de l’homme par la machine à court terme semble relativement peu importante en France. Un obstacle à une véritable prise de conscience ? Les Français semblent un peu moins préoccupés par leur avenir à l’ère numérique que leurs voisins…
  • Si le marché du travail est aujourd’hui largement favorable aux métiers du digital, eux-mêmes de plus en plus attractifs auprès des jeunes, le retard français en termes de compétences et de performances numériques doit encore être rattrapé.

Les conditions ne semblent pas encore réunies pour faire de la France une « startup nation », appelée des vœux du Président de la République. Mais les espoirs sont permis : comme nous allons le voir, la nécessité de former les nouvelles générations au numérique a été pleinement intégrée par les Français, et elle est désormais partie intégrante des parcours scolaires.

Vous pouvez retrouver l’intégralité du dossier ici

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Sources externes :

[1] Frey C.B. et M.A. Osborne, « The future of employment: How susceptible are jobs to computerisation? », Yhe Oxford Martin Programme on Technology and Employment, September 17, 2013,  https://www.oxfordmartin.ox.ac.uk/downloads/academic/future-of-employment.pdf

[2] Automatisation, numérisation et emploi, Conseil d’Orientation pour l’Emploi, 2017.

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