Qui seront les grands gagnants du télétravail après le confinement ?

Portrait
Jean Pralong
Professeur en RH digitales et gestion des carrières à l’EM Normandie

L’épidémie du Covid 19 plonge le monde entier dans une période troublée. Les entreprises en première ligne ont dû trouver des moyens pour maintenir au mieux l’activité. Mais quel sera l’impact de cette crise sur l’emploi ? A quoi ressemblera le travail de demain ? Et comment les entreprises devront-elles se transformer ? Jean Pralong, professeur en RH digitales et gestion des carrières à l’EM Normandie, évoque ses réflexions sur l’avenir du travail.

Quel sera l’impact du confinement sur le télétravail ?

Deux hypothèses s’affrontent : la plus positive, celle où tout le monde trouve cela très agréable de pouvoir travailler depuis sa maison de campagne plutôt que du travail et de pouvoir éviter des heures dans les transports. Et la plus négative, et la plus probable, où les salariés vont associer le télétravail à une situation infernale et de crise, comme ce fut le cas du rutabaga pendant la guerre, et vont donc s’en détourner. Un véritable effet de rejet pourrait naître à l’issue de cette période.

Est-ce la fin du télétravail ?

Non, car il faut faire la différence entre le télétravail complet et partiel. Il est possible que cela crée des vocations pour le partiel, mais pour le complet, qui représentait environ 2% des cas avant la crise, c’est peu vraisemblable. La grande question est de savoir qui seront les gagnants du télétravail.

Et qui seront-ils d’après vous ?

Avant le confinement, il y avait deux types de télétravailleurs : les CSP+ très employables et très recherchés à qui les entreprises accordaient du télétravail pour les attirer, comme ce fut le cas des ingénieurs californiens d’IBM dans les années 1970 alors que l’entreprise se trouvait à New York. L’autre catégorie inclut plutôt les salariés peu performants à qui les entreprises ont accordé du télétravail du fait de l’accord signé par les syndicats. Pour ces entreprises, peu importe que ces salariés soient en présentiel ou à distance, leur efficacité et donc leur impact sur la productivité restent moindres. Avec le confinement, des salariés de la classe moyenne pourraient trouver les moyens d’être performants et à l’aise à distance, être bien vus des managers et devenir des ambassadeurs du télétravail dans l’entreprise.

Quel impact sur la structure du monde du travail ?

Le chômage partiel largement mis en place dans des entreprises engendre des conséquences notables sur la rémunération. Une vraie segmentation se met en place entre des cadres adeptes de l’informatique, équipés chez eux et qui peuvent continuer à toucher leurs salaires, et des ouvriers au chômage partiel souffrant d’une baisse de revenu ou des ouvriers encore au travail, mais exposés à des risques réels pour leur santé. La crise économique qui pourrait survenir devrait valoriser les emplois alternatifs, malgré le fait qu’il y ait moins de protection sociale.

 

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