Les salaires des cadres sur les pas de la productivité

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29 Août 2014

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La fiche de paie des cadres a augmenté de 0,9 % en 2014 par rapport à 2013, selon la 12ème édition du baromètre Expectra des salaires cadres.
Il y a un an, la revalorisation avait atteint + 0,5 %. Ces deux années consécutives de faible hausse, synonymes de modération salariale, ont pour toile de fond une croissance en manque de souffle, proche de la stagnation – après 0,3 % en 2013, le PIB devrait croître de 0,5 % cette année.
Mais elles signalent aussi l’importance des gains de productivité dans la dynamique de formation des salaires.

 

La question des salaires est centrale dans l’entreprise. Elle mobilise les employeurs et les partenaires sociaux dans le cadre du dialogue social. Ainsi, selon une étude de la Dares, les rémunérations constituent le thème qui a fait l’objet du plus grand nombre d’accords d’entreprise en 2013, avec 10 535 textes signés, soit un tiers du total. La négociation collective représente donc toujours un facteur important de fixation des salaires – même si, note l’étude, leur individualisation croissante lui fait perdre du terrain.

Reste que, si de tels accords reflètent la situation financière propre à chaque entreprise, le contexte macroéconomique pèse également sur la politique salariale. A cet égard, une conjoncture en panne et un chômage élevé sont autant de freins à l’inflation des salaires. D’où la faible progression du salaire des cadres cette année.

Un autre facteur rentre cependant en ligne de compte : les gains de productivité. Leur effet sur les salaires s’appréhende au regard de leur évolution. Et le constat est simple : les gains de productivité sont en proie à un « tassement régulier lors des trois dernières décennies » . Alors qu’ils affichaient une hausse de 2,6 % en moyenne chaque année entre 1979 et 1989, leur progression s’est établie à 1,9 % la décennie suivante pour finalement atteindre 1,0 % entre 2000 et 2008. En 2013, dernière année connue, la productivité – mesurée à travers la productivité apparente du travail – n’a cru que de 0,5 %.

Un tel recul a pour conséquence, s’il n’est pas compensé, de creuser les marges des entreprises. Une revalorisation salariale limitée est alors un moyen pour les employeurs de contrebalancer cette baisse afin de préserver leurs marges et, in fine, leur compétitivité.

Or, le taux de marge des entreprises françaises, « remarquablement stable » de la fin des années 1980 jusqu’à la récession de 2008-2009, s’est dégradé à partir de cette date. Une dégradation non suivie d’effet sur les salaires, comme le souligne une note du conseil d’analyse économique (CAE) publiée en 2013. Au contraire, peut-on lire, « suite à la crise, le salaire réel super-brut évolue plus vite en France que la productivité du travail ». Cette divergence entre le salaire et la productivité est selon l’économiste Patrick Artus l’une des principales causes de la dégradation de la compétitivité française.

Du coup, la faible hausse des salaires cadres constatée ces deux dernières années peut signaler un alignement progressif sur des gains de productivité orientés à la baisse. Une manière pour les entreprises de regagner un peu de compétitivité.

Bien sûr, ce tableau général masque des disparités importantes. Qu’expliquent l’individualisation croissante des salaires, déjà évoquée, mais aussi les différences sectorielles. Ainsi, le sort réservé à la fiche de paie des cadres varie en fonction du secteur d’activité.

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Particulièrement éclairant, l’évolution des rémunérations dans la filière Ressources humaines (RH) et juridique. Ces quatre dernières années, cette filière a bénéficié à deux reprises de la plus forte hausse de salaire tous secteurs confondus : en 2011 et en 2014. A l’inverse, en 2013, elle était la moins bien revalorisée. Ce grand écart témoigne de la porosité du secteur à l’environnement macroéconomique – à l’instar des autres secteurs – mais aussi au contexte réglementaire. Ainsi, la hausse de 5,4 % du salaire des cadres RH et juridique en 2011 s’explique en grande partie par la mise en place de nouvelles organisations dans les entreprises à la suite de la crise. Tandis que l’augmentation constatée en 2014 renvoie à des réformes importantes de la vie des entreprises – généralisation de la complémentaire santé dans le cadre de la loi sur la sécurisation de l’emploi, réforme de la formation professionnelle, etc. –, dont l’application était renvoyée au dialogue social, c’est-à-dire à des négociations entre les directions des ressources humaines et les partenaires sociaux.

Dans ce contexte, les employeurs ont porté une attention forte au pilotage et à l’animation de leurs relations sociales. D’où le besoin d’étoffer leurs équipes et de bénéficier des bonnes compétences, notamment en droit social. Une situation qui a tiré salaires et offres d’emploi à la hausse.

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[1] La tertiarisation de l’économie française et le ralentissement de la productivité entre 1978 et 2008 – Étude de la Dares 2011
[2] La productivité apparente du travail permet de mesurer la richesse créée en la rapportant au seul volume de travail mis en œuvre dans le processus de production.
[3] Rapport sur les comptes de la nation 2013, Insee, 2014, p.87

 

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