Le chômage des jeunes européens en 4 questions

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18 Déc 2015

CATÉGORIE
Décryptages

Il n’est pas facile aujourd’hui d’être un jeune européen sur le marché du travail.
La faible reprise économique mondiale en 2012 et 2013 n’a pas suffi à inverser la courbe du chômage des jeunes, qui continue d’augmenter inexorablement au sein de l’Union européenne.
L’attente pour décrocher un emploi devient telle que de nombreux jeunes abandonnent leurs recherches.
Cette problématique a des répercussions sur toute une génération, que certains sociologues et économistes qualifient de « génération sacrifiée ». re.sources fait le point.

 

Pourquoi les jeunes sont-ils les publics plus touchés par le chômage ?

D’abord parce que les jeunes ont plus souffert de la crise que les autres catégories de la population. Public vulnérable sur le marché de l’emploi, ils sont parmi les premiers à en sortir lorsque la conjoncture se dégrade, les entreprises préférant alors embaucher des personnes qualifiées, qui ont déjà eu un emploi.

Ensuite parce qu’il ne suffit pas que le chômage de l’ensemble de la population baisse pour que celui des jeunes baisse également. Leur taux de chômage est resté élevé en période de reprise économique, au milieu des années 2000. Le problème est donc davantage structurel.

Enfin parce que de nombreux jeunes sont actuellement sans diplôme, sans formation et sans emploi. Autant de jeunes souvent frappés par la pauvreté et dont l’avenir professionnel est obscurci.

re.sources - définition - chômage des jeunes

Dans un rapport publié en mai dernier, l’OCDE dresse un bilan désastreux de la situation des jeunes en matière de compétences et d’employabilité. Selon l’organisation internationale, plus de 35 millions de jeunes âgés de 16 à 29 ans ne seraient ni étudiant, ni employé, ni stagiaire dans les pays de l’OCDE. Les Anglo-Saxons ont baptisé cette génération «Neet», pour «not in education, employment or training».

Pourquoi certains pays d’Europe ont des taux de chômage beaucoup plus faibles chez les jeunes?

En Europe, le taux de chômage des jeunes a fortement augmenté depuis la crise financière et économique mondiale. En 2007, il était de 15 % en zone euro. Mi-2014, il s’élevait à 23 %. Mais en y regardant de plus près, tous les pays européens n’affichent pas les mêmes performances, bien au contraire. L’Allemagne (7 %), l’Autriche (10,8 %), les Pays-Bas (11,2 %), ou encore le Royaume-Uni (15,4 %) présentent des taux de chômage chez les jeunes bien inférieurs à leurs voisins européens.

re.sources - viz - chômage des jeunes

Quelles sont les raisons qui peuvent expliquer de telles différences ? Premièrement, les différences en matière de flexibilité. Au Royaume-Uni ou en Allemagne, le marché de l’emploi est plus flexible, c’est-à-dire que la législation du travail est moins protectrice. Ainsi, il y a plus de rotation : les personnes perdent plus facilement leur emploi, mais en retrouvent aussi plus facilement, car les entreprises sont moins réticentes à embaucher. Ces conditions sont plus favorables à l’entrée des jeunes sur le marché du travail.

Deuxièmement, l’apprentissage est l’une des pistes les plus fertiles pour favoriser l’accès à l’emploi des jeunes à qui il apporte un métier, des compétences et un savoir-être dans l’entreprise. L’Allemagne compte ainsi trois fois plus d’apprentis que la France. Elle a su mettre en place un système de formation et d’insertion des jeunes dans l’emploi qui a fait ses preuves, même dans les périodes de fort chômage.

re.sources - viz - chômage des jeunes - 2

Enfin, la France par exemple, a une démographie plus vigoureuse, notamment par rapport à l’Allemagne. Résultat, il y a entre 150.000 et 200.000 personnes qui entrent sur le marché du travail chaque année. Pour réduire le chômage, il faut donc créer plus de 200.000 emplois en France, ce qui suppose une croissance de plus de 1,5%, alors qu’en Allemagne – où la population active a baissé entre 2013 et 2011 – moins de 1 % de croissance suffit.

Quelles sont les conséquences du chômage chez les jeunes ?

La spécificité du chômage des jeunes réside dans le fait que les moins de 25 ans sont plus souvent contraints d’accepter un emploi ne répondant pas à leurs qualifications. Et cette dynamique semble se renforcer : puisque les nouveaux diplômés prennent les emplois qu’ils trouvent, il leur est difficile d’accumuler de l’expérience dans leur domaine de prédilection. Cette situation peut mettre à mal le moral de certains jeunes, qui prennent conscience que leur diplôme n’est pas nécessairement un antidote contre le chômage.

Autre conséquence, le chômage chez les jeunes affecte leur entrée dans la vie active en marquant les premières années de travail, années décisives pour le devenir professionnel. Le chômage des jeunes est donc difficilement comparable à celui des plus âgés. Leur insertion professionnelle étant souvent marquée par l’alternance de périodes de travail et de chômage.

Enfin, les jeunes entrent de plus en plus tard dans la vie active avec, à la clé, une autonomie financière et un accès au logement différés. La crise du chômage des jeunes transforme donc les dynamiques familiales avec, d’un côté, des parents qui se retrouvent à aider leurs enfants une fois qu’ils ont atteint l’âge adulte et, d’un autre côté, les jeunes chômeurs qui retardent le moment pour fonder leur propre famille.

Quelles sont les solutions ?

Que faire en attendant le retour d’une croissance enfin vigoureuse ? S’il n’existe pas de « recette miracle » face au chômage des jeunes, des pistes d’action existent cependant. C’est ce que qu’illustrent les performances de certains pays européens qui ont réussi à le réduire ou à le maintenir à des taux moins élevés.

L’apprentissage, comme on l’a évoqué, est sans aucun doute la piste la plus efficace. En effet, l’alternance permet d’élever le niveau de qualification des jeunes et favorise leur employabilité.

N’oublions pas la technologie, notamment liée à l’utilisation du Big Data,  qui peut répondre à de nombreuses problématiques sur l’ensemble du cycle professionnel d’un jeune : de l’orientation (quels sont les secteurs les plus pourvoyeurs d’emploi?)à l’entrée sur le marché du travail (quelles entreprises recrutent quels profils ?) en passant par la formation (quels cursus permettent de décrocher un emploi ?).

Enfin, le développement de nouvelles formes de travail, notamment liés à l’émergence de l’économie du partage, permettent à de nombreux jeunes de trouver une activité professionnelle en dehors du salariat classique. Designer, développeur, chauffeur, coursier,… le travail en « free-lance » s’étend à un nombre croissants de professions. Autant d’occasions de multiplier les expériences et donc de développer sa polyvalence.

Bien entendu, les solutions avancées ici ne sont pas exhaustives. En outre, elles ne sauraient trouver leur pleine efficacité qu’en complément de réformes structurelles aux niveaux européens et nationaux. Des réformes qui, pour la plupart, visent à construire un marché du travail plus flexible et plus transparent.

 

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