Le bonheur au travail se décrète-t-il ?

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Ernst&Young, Norauto, Salesforce ou encore LeBoncoin font partie des entreprises où il fait bon vivre, selon le dernier classement Great Place to Work 2019. Le bonheur au travail largement médiatisé et mis en valeur par les entreprises cherchant à attirer de nouveaux talents est aussi très contesté. Fait-il réellement évoluer l’entreprise et ses salariés ? Éclairage.

Les salles de jeux multicolores et le toboggan bleu des locaux de Google ont marqué les esprits dès 2013. Pour avoir des salariés efficaces et engagés, ils doivent être heureux. Toutes les entreprises, du CAC40 aux plus petites, s’y sont mis : le bonheur des salariés est devenu un critère important, au point d’embaucher des chief happiness officer (CHO) destinés à distiller ce bonheur par une succession d’actions : organisation de séminaires bien-être, de moments de convivialité, attentions pour les anniversaires des salariés, installation de babyfoot ou salles de jeux dans l’entreprise…Une journée intitulée « J’aime ma boîte » a même été spécialement créée afin de célébrer le bonheur au travail. Chaque année, plusieurs classements, comme HappyIndex / At Work, Great Place to Work ou Top Employer, désignent les entreprises où les salariés sont les plus heureux.

Implémenter le bonheur au travail est bien plus difficile que le promettre

Malgré toutes ces initiatives, le sujet reste clivant, car si ce bonheur est devenu une condition à la venue des si recherchés Millenials à l’intérieur des entreprises, sa quête en interne fait parfois figure de simple vernis. L’épanouissement au travail est devenu un argument de communication des marques employeur des entreprises, sans forcément une amélioration de la qualité de vie dans l’entreprise. La terminologie même de bonheur au travail fait débat, puisque la littérature scientifique sur le sujet parle plutôt de satisfaction au travail ou de recherche du bien-être.

Cosmétique du bonheur

« Les entreprises sont de plus en plus frileuses avec ce sujet, car implémenter le bonheur au travail est bien plus difficile que le promettre », assure Alexis Jacquemin. Celui qui est aujourd’hui Manager RH chez Hutchinson parle d’expérience : dans ses précédentes fonctions de RH, il travaillait pour une PME alors en situation de crise. Il a alors décidé de recruter un CHO avec pour mission de tisser du lien social et de faire que les salariés retrouvent du bonheur au travail.

Mais au bout de quelques mois, il réalise qu’il faut changer de stratégie. « Le climat social était le même, voire il était plus pernicieux, car en surface les salariés arboraient des sourires qu’ils n’avaient pas avant, mais dans les faits ils allaient toujours aussi mal, assure-t-il. La stratégie n’était pas la bonne, on ne faisait que de la cosmétique du bonheur, en promettant aux gens le bonheur ».

Un CHO mais pourquoi ?

Pourtant, les salariés aiment qu’on s’occupe de leur bonheur à en croire l’étude 2019 menée pour Lavazza. Les entreprises avec un responsable du bonheur au travail obtiennent un meilleur score quand on demande aux salariés s’ils pensent que celle-ci s’intéresse à leur bien-être. La proportion passe de 60 % toutes entreprises confondues à 90 %. Et les Français d’avoir une bonne opinion du chief happiness officer. Ils sont  82 % à en avoir une image positive.

Ce qui rend les salariés motivés et heureux, aujourd’hui, c’est de pouvoir choisir et décider

Une présence importante, mais dans quel but ? Pour Alexis Jacquemin, le CHO doit travailler sur une approche plus sécuritaire, en mettant en avant la reconnaissance et un environnement de travail plus agréable, via une écoute des salariés.

Adieu donc les petits déjeuners où chacun se croise sans se parler vraiment, place à des petits déjeuners avec de vrais échanges, avec une prise de parole du top management, avec l’ouverture d’un dialogue sur la trajectoire de l’entreprise, sur les avancées de projets.

Les managers en priorité

Selon Pierre-Eric Sutter, dirigeant de mars-lab, « les entreprises ne doivent pas tomber dans le simplisme et réduire le bien-être à des actions sans lien avec l’environnement de travail et les ressorts du bien-être. Il faut laisser s’exprimer les salariés sur leurs conditions de travail et en les associant à la recherche de solutions avec une méthode adéquate ». L’étude HappyIndex®AtWork 2019 révèle d’ailleurs que « ce qui rend les salariés motivés et heureux, aujourd’hui, c’est de pouvoir choisir et décider », explique Celica Thellier, cofondatrice de ChooseMyCompany, aux Échos.

Le vrai responsable du bonheur au travail, c’est le manager

Cette vision demande de retravailler en profondeur les process de l’entreprise et surtout d’impliquer les managers. Selon Olivier Toussaint, à la tête du site L’optimisme et créateur d’un réseau de managers autour de la qualité de vie au travail, « il faut s’occuper en priorité des managers, qui se trouvent souvent au milieu de zones de stress. Or, un manager qui se sent bien crée un cercle vertueux de confort et de bien-être autour de lui, qui engage les gens ». Une position partagée par Alexis Jacquemin, qui explique que la présence du CHO a déresponsabilisé les managers de cette mission. « Le vrai responsable du bonheur au travail, c’est le manager, qui connaît les missions, la charge de travail du salarié », assure-t-il.

Pour aboutir, la question du bien-être au travail doit donc être intégrée dans une réflexion globale de bien-être dans l’entreprise très en amont de sa mise en place concrète et de manière collaborative. « Et surtout sans recherche absolue de KPis, souligne Olivier Toussaint. Il ne faut pas chercher la performance et le rendement sur des sujets de bien-être, mais être à l’écoute des salariés ».

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