« Face à la crise covid, un fort besoin de montée en compétences des collaborateurs apparaît »

upskilling enjeu d'entreprise

La montée en compétences ou upskilling devient un sujet prédominant dans les entreprises afin d’adapter les compétences des salariés aux nécessités du monde du travail de demain. La crise covid vient accentuer ce phénomène, selon Attila Szekely, Directeur du Business Développement d’OpenClassrooms, et Cécile Jolly, cheffe de projet au département travail, emploi, compétences chez France Stratégie

En quoi la montée en compétences est aujourd’hui indispensable ? 

Cécile Jolly : Collectivement, l’objectif est que les individus qui sont sur des métiers qui changent beaucoup ou qui déclinent puissent se reconvertir vers des métiers porteurs en termes d’emploi à l’avenir. Or, il existe des profils avec de fortes compétences qu’on va pouvoir transférer sur d’autres postes, mais qui n’ont pas les clés pour bien vendre leurs compétences. Il faut donc un accompagnement de qualité pour leur permettre de mieux vendre leurs compétences et donc pouvoir les réadapter à d’autres secteurs ou métiers. Lorsque la formation devient de la responsabilité des individus, les gens déjà les plus formés se forment le plus et sont les plus en capacité de vendre leurs compétences. A contrario, les moins formés sont les plus éloignés de la formation individuelle. 

Attila Szekely Attila Szekely : Si, jusqu’ici la formation continue des salariés suivait une approche classique prescriptive de la part des entreprises, la tendance semble s’inverser avec une impulsion donnée par l’entreprise mais une implication forte des collaborateurs. Le salarié est au centre du dispositif et prend l’initiative de développer ses compétences sur des sujets essentiels pour des raisons professionnelles comme personnelles. La responsabilité est partagée entre l’entreprise et l’actif, pour qu’il puisse anticiper le changement et être en mesure de réévaluer ses compétences en permanence et suivre les évolutions du marché.  

Quel impact devrait avoir la crise sanitaire et économique actuelle ? 

C.J : La crise actuelle a accentué la fracture numérique entre les personnes qui ont pu travailler avec aisance à distance et celles qui ont été soumises à un arrêt total du travail. Elle oblige à repenser le soutien et l’encadrement intermédiaire pour laisser plus d’autonomie aux gens. Au-delà de compétences proprement numériques, ce sont surtout des compétences transversales qu’il faut développer dans les entreprises. Dans les vingt dernières années, les métiers se sont recomposés, mais cette crise brutale, inédite et inattendue, accélère les choses à tous les égards.

Attila Szekely A.S : Avant la crise de la covid, la formation initiale connaissait déjà de réelles difficultés avec notamment un manque d’adéquation entre les cursus et les emplois disponibles. La crise accélère donc certains phénomènes. Face à la contraction de l’économie et la demande employeur, un besoin fort de montée en compétences apparait de plus en plus. Parallèlement, l’accélération de l’adoption de la formation en ligne de la part des entreprises comme des apprenants (+50% depuis le confinement) confirme la prise de conscience de tous que l’enjeu est de se former tout au long de sa carrière. 

Comment adapter ses compétences pour demain ? 

C.J : Il faut rompre avec l’idée que la montée en compétences profite aux salariés uniquement. C’est une nécessité pour les individus comme pour les entreprises. Le maître mot en termes d’upskilling reste l’adaptation aux transformations actuelles (technologique, sociale et écologique) et l’adaptation ne s’apprend pas au dernier moment en seulement sur une technique. Mieux vaut former les gens ce sur quoi ils ont envie d’être formés plutôt que de ne pas les former du tout. Les entreprises doivent anticiper pour l’avenir et ne pas rester focus sur les besoins immédiats. La montée en compétences se réalise avant tout à travers le travail et l’expérience en mettant en application ce qui a été appris lors d’une formation. 

Attila Szekely A.S : Il n’existe pas de recette magique pour évaluer ses compétences et monter en compétence, l’impulsion doit venir de la personne et de l’entreprise. La bonne nouvelle réside dans le fait que l’accessibilité et la flexibilité sont de plus en plus fortes, avec moins de contraintes pour se former et pour y dédier du temps. 

Comment identifier les compétences transférables ? 

C.J : Afin d’identifier les compétences à valoriser, la formation en situation de travail est très porteuse, car elle est très individualisée et permet à la personne d’être aidée pour bien connaitre ses compétences. Un caissier détient des compétences très fortes, comme la gestion du stress, de la colère ou encore de la relation client, mais il ne sait pas forcément les mettre en valeur pour se vendre ailleurs. De même, une couturière est capable d’un travail de grande précision qui nécessite une qualité d’attention exceptionnelle. Une compétence tout à fait transférable à d’autres métiers, mais qu’il faut être en mesure d’identifier. 

Que privilégier entre l’upskilling (montée en compétences) ou le reskilling (acquisition de nouvelles compétences pour changer de métier) ? 

Attila Szekely A.S : L’upskilling et le reskilling constituent des formats complémentaires sur lesquelles les entreprises peuvent s’appuyer pour proposer des offres variées aux salariés. L’upskilling permet de former à grande échelle jusqu’à des dizaines de milliers de personnes et d’acculturer par exemple sur des sujets comme l’intelligence artificielle. Le reskilling est davantage réservé à une population restreinte sur des projets professionnalisant. Mais la frontière entre les deux s’atténue peu à peu avec des modèles hybrides et modulaires qui permettent de valider des blocs de compétences et non l’intégralité d’un diplôme. 

Quel regard portez-vous sur les programmes d’upskilling proposés dans les entreprises ? 

C.J : Certaines entreprises, comme Accor, ont cherché à faire monter en compétences leurs salariés peu formés sur le numérique. Ainsi, des femmes de chambre ou des concierges ont ainsi gagné en aisance pour utiliser des tablettes pour marquer les chambres déjà faites par exemple ou pour gérer le stockage des produits.

 

Attila Szekely A.S : Les programmes d’upskilling proposés par les entreprises sont intéressants à partir du moment où un accompagnement humain vient compléter le catalogue de contenus en ligne. 

 

Face à ces enjeux, des entreprises se mobilisent pour entretenir et enrichir les compétences de leurs salariés. Découvrez leurs exemples dans l’article de re·sources intitulé « l’upskilling, levier pour assurer l’employabilité des actifs« .

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