Être entrepreneur et salarié, une nouvelle voie pour l’emploi de demain ?

re.sources - entrepreneuriat coopératif

02 Juil 2020

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Le statut d’entrepreneur-salarié est encore méconnu. Pourtant, il présente bien des avantages et ouvre une troisième voie entre le salariat et l’indépendance. L’institut Randstad travaille depuis deux ans à mettre en lumière ce statut, à travers un soutien à la coopérative d’activité et d’emploi (CAE) CoopConnexion et la remise d’un prix pour l’entrepreneuriat-salarié. A l’occasion de la toute première édition de ce prix Institut Randstad, dédié en 2020 aux entrepreneurs des Hauts-de-France, le groupe Randstad a organisé un webinaire pour mieux comprendre les enjeux de cette nouvelle forme d’entrepreneuriat. Décryptage.

À travers son Institut, véritable laboratoire d’innovation sociale pour le retour durable à l’emploi, le groupe Randstad a pour objectif de révéler tous les talents, d’aller explorer de nouvelles formes d’emploi et de nouvelles manières de travailler. Dans ce cadre et porté par sa volonté de se concentrer sur des territoires où l’accès à l’emploi est plus difficile, il a lancé un programme pilote d’accompagnement aux entrepreneurs salariés dans les Hauts-de-France en partenariat avec des acteurs locaux et des entreprises clientes. « L’objectif est de construire un véritable écosystème pour dynamiser le territoire et de mettre en lumière ce statut méconnu », explique Ana de Boa Esperança, Déléguée générale de l’Institut Randstad. 

Le travail indépendant non salarié en plein essor

Méconnu, mais qui peut intéresser bien des Français entrepreneurs, à en croire David Menasce, auteur de la publication « Travail à la demande : quel modèle social ? » publiée par l’Institut de l’Entreprise : « le travail indépendant non salarié aujourd’hui connaît un fort essor avec pas moins de trois millions de personnes indépendantes et 1.5 million de personnes avec de multiples employeurs ». 

Cet essor s’explique selon lui par la conjonction de quatre facteurs : « la crise qui entraîne un entrepreneuriat par nécessité avec une recrudescence de ces formes d’emploi, l’aspiration des personnes à un rapport au travail différent, la tertiarisation de l’économie et le développement toujours plus important de la technologie ». 

Face à ces tendances, l’entrepreneuriat individuel rencontre de grands enjeux, selon David Menasce. Le premier est de s’assurer comme indépendant qu’on a toute sa place dans la société et l’accès aux mêmes protections que les salariés. « Sur ce plan, les institutions sont encore lentes à prendre en compte la réalité du terrain », reconnaît l’expert. Mais surtout l’entrepreneur doit pouvoir sortir de sa solitude « via une articulation plus profonde entre le collectif et l’individuel avec le recours à l’entrepreneuriat salarié par exemple ». 

L’entrepreneuriat salarié, une troisième voie

Un sujet que Stéphane Veyer connaît bien en tant que cogérant de la Manufacture coopérative. Pour lui, l’entrepreneuriat salarié apparaît « comme une troisième voie entre l’indépendance et le salariat. Au-delà des entreprises et de leurs actionnaires, le modèle coopératif qui existe depuis 200 ans a pour objectif de permettre aux coopérateurs de travailler et de gagner leur vie avec leur métier ». Si cette forme de collaboration est encore « peu présente dans les imaginaires économiques » d’après lui, elle a été réinterprétée par les coopératives d’activité et d’emploi (CAE) depuis 25 ans pour permettre à des travailleurs autonomes de se fédérer et de travailler ensemble.  « Un modèle gagnant-gagnant pour les entrepreneurs et la coopérative », assure Ana de Boa Esperança. 

Un entrepreneur à trois casquettes

« Jardinier, informaticien, formateur ou encore agriculteur peuvent ainsi apporter leur savoir-faire à une coopérative, mener à bien de manière autonome leurs activités tout en partageant l’entreprise et en profitant d’une protection sociale forte », explique Stéphane Veyer. Chaque personne cumule alors trois casquettes : salarié de la coopérative, entrepreneur de son activité et associé de la coopérative avec une part de responsabilité dans son bon fonctionnement. 

Selon Stéphane Veyer, « cette formule est utilisée par des personnes qui veulent entreprendre sans être isolées, qui pourront alors coopérer avec d’autres personnes, organiser des mutualisations et se protéger les unes et les autres. La CAE devient l’endroit le plus emblématique dans le monde coopératif ». 

Quant à savoir si ce modèle constitue une forme d’emploi d’avenir, Stéphane Veyer se montre plus réservé, mais assure que « les CAE s’organisent autour d’une forme de démocratie économique, nécessaire dans un monde où la démocratie politique pose problème ». 

« Se concentrer sur son activité et son savoir-faire »

Thierry Fourmentez, lauréat dans la catégorie écologie et environnement et coup de cœur des collaborateurs Randstad, a rejoint la coopérative Toerana Habitat spécialisée dans l’éco construction et l’éco rénovation en 2017 pour son entreprise DEXY. Son objectif était de pouvoir développer son activité de constructions de maisons à partir de containers maritimes de manière écoresponsable. Pour lui, l’avantage des CAE est de permettre « de se concentrer sur son activité, sur son savoir-faire sans avoir le souci » de gérer une partie administrative trop lourde. « Je suis heureux d’être dans une coopérative, car je peux exercer la partie de mon métier qui me plait le plus », souligne-t-il. Sans compter qu’entrer dans une CAE lui a permis de trouver plus facilement des clients sur un marché de niche et de pouvoir profiter d’une protection en cas d’accident par exemple. 

Comme lui, Séverine Loridan, Séverine Jacob, Alexandre Mahieu et Sandra Villain ont été récompensés par le Prix Randstad et ont permis de mettre en lumière le statut d’entrepreneur-salarié. Une nouvelle forme d’emploi à suivre de près…

Revisionnez le webinaire de l’institut Randstad sur l’entrepreneuriat de demain :

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