Distanciation sociale : comment les entreprises s’y adaptent

distanciation sociale en entreprise

Le 11 mai a signé la première étape du déconfinement décidé par le gouvernement. Si le télétravail est privilégié encore à ce stade, de nombreuses entreprises commencent à reprendre leur activité. Mais loin de la normalité, loin de l’époque pré-crise. Dès maintenant, se trouvent au cœur des préoccupations des entreprises les problématiques de distanciation sociale et de choix managériaux à impact fort.

« Le retour à la normale ne se fera pas avant plusieurs mois », a affirmé Édouard Philippe le 19 avril, à moins d’un mois de la première étape du déconfinement. Dans cette optique, les entreprises savent qu’elles doivent désormais gérer une situation inédite : celle de manager des équipes dans un contexte de distanciation sociale.

Plusieurs entreprises, notamment dans l’industrie, ont déjà repris une partie de leurs activités en prenant en compte cette dimension essentielle au redémarrage. Chez KE France, spécialisé dans la fabrication de stores d’extérieur, le dirigeant Jérôme Foucault a isolé les zones de travail et a limité au maximum les points de contact, par exemple en laissant une majorité des portes ouvertes, afin de respecter au mieux la distanciation sociale exigée.  « Le jour de la reprise, nous avons échelonné les arrivées de la soixantaine de salariés et je les ai tous reçus un par un pour leur expliquer les nouvelles démarches du plan de prévention mis en place », explique le dirigeant.

Adaptation des postes de travail

Dans l’industrie automobile, Toyota a été le premier à redémarrer avec la réouverture de l’usine d’Onnaing dans le Nord. Une reprise progressive dès le 21 avril, notamment pour les cadres de l’entreprise et une seule équipe de production de la Yaris. Soit 500 salariés contre 4500 habituellement, rejoints dès le lendemain par 400 nouveaux salariés venus pour tester les nouveaux process. Outre la mise en place de mesures sanitaires (contrôle de la température, nettoyage des mains au gel hydroalcoolique, distribution de masques), la direction du site, accompagnée des syndicats, a adapté les milliers de postes de travail de la chaîne de production, avec des marques au sol pour respecter la distanciation sociale. Sur certains postes plus sensibles, où il est difficile de se tenir à distance des uns des autres, les salariés voient leurs protections doublées, avec des visières en plus des masques. Les postes de travail des cadres de l’usine et des fonctions supports dans les bureaux ont aussi été aménagés pour respecter les distances de sécurité.

Moins de 50% des effectifs

Pour les entreprises qui accueillent leurs salariés de nouveau depuis le 11 mai, les directions de l’environnement de travail sont déjà sur le pont depuis début avril pour anticiper chaque phase. « L’intégration des collaborateurs dans un immeuble se fera de manière progressive, par vagues, et sans dépasser 50% des effectifs (prestataires compris) dans le bâtiment pendant plusieurs mois », assure Latifa Hakkou, secrétaire générale de l’Association des Directeurs de l’Environnement de Travail (ARSEG).

Accueils des entreprises avec des plexiglas, marquages au sol pour respecter la distanciation sociale, fermeture de 50% des salles de réunion, révision des espaces de travail en open space…les directions de l’environnement de travail multiplient les mesures pour éviter toute contamination et respecter une vraie distanciation sociale. « Certaines entreprises interdisent les déplacements en transports en commun et demandent aux salariés qui doivent venir sur site de s’y rendre en vélo, à pied ou en voiture, précise Latifa Hakkou. Celles qui le peuvent ouvrent leurs parkings à tous »

Des lieux de convivialité limités

Une distanciation sociale qui impactera tous les lieux de l’entreprise, même ceux de convivialité. La restauration collective chez Toyota n’est par exemple pas assurée, chacun devant venir avec son propre repas. Chez KE France, les tables de restauration ont été déplacées à l’extérieur et les équipes divisées en trois groupes tant pour le repas du midi que pour les pauses dans la journée. A la machine à café, les zones de contact sont nettoyées plusieurs fois par jour. « Les cafétérias sont fermées au moins pendant un mois, affirme Latifa Hakkou. Dans le service de restauration, les mets en libre-service ne sont plus proposés, les horaires sont allongés et les mesures de protection mises en place ». Un process précis a aussi été mis en place pour les vestiaires et les toilettes chez KE France. « Nous recommandons aux salariés d’arriver équipés et d’utiliser les vestiaires seulement pour déposer des affaires, ajoute Jérôme Foucault. Ils ne doivent pas être plus de trois en même temps dedans ».

Une distanciation sociale et virtuelle

Dans les grandes entreprises ou celles qui ont recours au télétravail comme rempart au retour des salariés sur site, la distanciation sociale risque de prendre une autre tournure encore. Car, selon Benoît Serre, vice-président délégué de l’Association nationale des DRH, « la tendance lourde aujourd’hui est de maintenir le télétravail pour les salariés qui le peuvent jusqu’en juillet, voire jusqu’en septembre ou octobre ». Les entreprises qui fonctionnent en open space ne pourront de fait plus accueillir tous leurs salariés en même temps, car la distanciation sociale de deux mètres en chaque personne réduit de moitié le nombre de bureaux. « C’est une vraie révolution de plusieurs mois qui se prépare dans les entreprises, car elles vont devoir revoir toute leur organisation, avec une distanciation sociale forte entre salariés sur le long terme et des différences de traitement à décider au cas par cas, explique-t-il. La difficulté va reposer pour les managers sur la gestion d’une partie de leurs équipes qui restera en télétravail et une autre partie qui sera sur site ».

Un management transformé

Le rôle du manager sera fondamental durant cette période. Selon Thierry Chavel, dirigeant de CEO Companions, spécialiste du leadership et de la performance des entreprises, « le manager va avoir un rôle de passe-muraille et devra passer d’un collectif à l’autre, donner des informations aux uns et aux autres pour compenser la distanciation sociale ». Une vision partagée avec Latifa Hakkou : « la meilleure solution reste de responsabiliser le manager, qui devient une véritable courroie de transmission entre les salariés et les directions des environnements de travail ». Le manager va devoir opter pour une duplication des réunions, même si ce système demande plus de temps de transmission aux équipes. « Mieux vaut éviter les visioconférences avec une équipe coupée en deux et répartie entre un site et du télétravail, au risque de créer envie, jalousie ou frustration », estime Thierry Chavel.

Face aux trois situations différentes dans lesquelles se trouveront les salariés (sur site, télétravail ou chômage partiel), le manager devra faire preuve d’équité et d’une vigilance chirurgicale. « La compensation de la nécessaire distanciation sociale va passer par du temps individuel, assure Thierry Chavel. Il faudra passer plus de temps à faire du management au contact des personnes, proposer des temps où les salariés pourront livrer leurs difficultés. Le temps du management univoque pour une équipe est terminé ».


L’Alliance RH se mobilise pour une reprise du travail en toute sécurité

Lever progressivement le confinement constitue un défi inédit pour les gouvernements et les entreprises. Un défi étalé sur plusieurs mois qui nécessite des réflexions approfondies et la contribution de chacun.

Dans ce cadre, l’Alliance formée par les acteurs du secteur RH se mobilise et aide les organisations à relever ce défi. Le groupe Randstad France met ainsi à disposition en accès libre du public un guide qui rassemble les meilleures pratiques en matière de sécurité et santé au travail. Le fruit d’un travail de recherches à l’échelle de 13 pays et dans 5 secteurs en matière de santé et sécurité mené par l’Alliance.

Dans ce guide, les entreprises peuvent s’appuyer sur des protocoles en matière de santé et d’hygiène pour instaurer la nouvelle réalité basée sur la distanciation sociale. Plus de 400 mesures ont ainsi été identifiées par l’Alliance sur le lieu de travail. Une combinaison de mesures physiques, administratives et organisationnelles qui permettent d’assurer la sécurité des activités dans la plupart des entreprises. Pour l’Alliance, les conditions du succès de cette nouvelle normalité reposent sur l’agilité et la collaboration autour de ces mesures.

Le groupe Randstad va même plus loin en publiant en ligne le « Best Pratice Health and Safety Protocols », qui comprend plus de 100 mesures permettant de compléter les protocoles spécifiques à un pays ou à un secteur.

Le retour au bureau et l’élaboration d’un nouveau futur du travail sont essentiels pour garantir la santé et le bien-être des travailleurs et encourager une reprise forte de l’économie . L’Alliance « Safely Back to Work », lancée par Randstad, Adecco et Manpower en mars 2020, a étendu avec succès son rayonnement à de nombreuses parties prenantes.   Elle est désormais dirigée par notre association professionnelle mondiale, la Confédération internationale des agences d’emploi privées (World Employment Confederation ou WEC). En tant que chef de file de cette Alliance, le WEC continuera d’associer les fédérations nationales et les membres du secteur privé, en étroite collaboration avec les autorités locales et les parties prenantes concernées ; et à soutenir un retour au travail en toute sécurité pour les collaborateurs et les organisations dans le monde entier. Cette démarche renforce le rôle essentiel des acteurs privés des ressources humaines dans l’émergence d’un marché d’un travail résilient, mais aussi dans l’accompagnement de la reprise économique pour les pays, les organisations et les individus dans un contexte post-Covid-19. 

Pour plus d’informations ou pour rejoindre l’Alliance, rendez-vous sur le site wecglobal.org.

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