Comment l’intrapreneuriat régénère les entreprises

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Quel est le point commun entre la marque de yaourts Les 2 Vaches, les espaces de coworking Nextdoor, les lectures Disney Spéciales pour enfants dyslexiques ou encore le programme Internal Startup Call de la Société Générale ? Tous ont vu le jour grâce un programme d’intrapreneuriat. Coup de projecteur sur cette tendance. 

« A la différence d’un projet classique, où l’entreprise répond à un appel d’offres ou à une demande client, le projet d’intrapreneuriat émane des collaborateurs eux-mêmes, explique Raphaël Thobie, CEO de CreateRocks, qui propose de développer l’intrapreneuriat. Au vu de ce qui se passe dans leur entreprise ou leur secteur, ils ont envie de créer quelque chose de nouveau qui part d’un existant ou non ».

Celui qui est lui-même un ancien intrapreneur de Thalès a répertorié toutes les grandes entreprises françaises qui sont entrées dans l’écosystème de l’intrapreneuriat. Et la tendance est à la hausse. Le nombre d’entreprises dépasse la centaine, parmi lesquelles L’Oréal, la Société Générale, Air Liquide ou encore France Télévisions. « Et encore, je ne les connais pas toutes et notamment celles qui ne communiquent pas sur leurs programmes », assure le CEO.

Attirer et retenir les talents

Le discours autour de l’innovation pousse les entreprises à chercher des outils pour innover. Elles réalisent qu’elles ont accès à une mine d’or d’idées avec leurs collaborateurs

Trois principales raisons expliquent cet engouement pour l’intrapreneuriat, selon Lionel Bodin, Responsable européen d’Accenture Development Parternship et cofondateur de la League of Intrapreneurs : « d’abord le discours autour de l’innovation pousse les entreprises à chercher des outils pour innover. Elles réalisent qu’elles ont accès à une mine d’or d’idées avec leurs collaborateurs. Par ailleurs, l’intrapreneuriat permet de réinventer ou d’adapter la raison d’être d’une entreprise et de l’actualiser au monde actuel. Enfin, les entreprises innovent de plus en plus avec un esprit start-up dans une optique de rétention des talents et de développement de la marque employeur ».

D’après une étude Ifop pour Allianz France en mars 2019, menée auprès d’étudiants français, 76 % estiment que « l’intrapreneuriat permet aux entreprises d’attirer et de fidéliser leurs talents en tirant parti de leur dynamisme » et « de bénéficier d’une visibilité et d’une reconnaissance managériale accrue dans l’entreprise » (71 %).

Portés par un contexte propice à la créativité et l’entreprise individuelle et par un effet de mode, de plus en plus de collaborateurs veulent exprimer leur créativité et leur autonomie dans les entreprises, tout en conservant un niveau de sécurité réel.

« L’entreprise doit donc réfléchir à comment retenir ces talents sans les démotiver, affirme Raphaël Thobie. Les grandes organisations peuvent devenir le meilleur endroit pour créer de l’entrepreneuriat ou des start-ups car elles ont des experts, des services support et des services de business line avec des chaines d’industrialisation ».

Cap sur le digital et les méthodes agiles

C’est dans ce contexte que L’Oréal a lancé un nouvel incubateur Make Your Technology destiné à ses collaborateurs et dédié à l’industrie et à la supply chain du futur. L’objectif ? Former ses équipes de la région EMEA aux méthodes agiles en leur apportant tous les moyens de créer, prototyper et transformer leurs projets en réalisation concrète pour un déploiement international. L’appel à projets lancé en janvier a donné lieu à 160 idées. Une seconde étape démarre en septembre, avec des équipes de salariés de cinq nationalités et issus de douze sites européens du groupe.

Faire naître une nouvelle culture sur l’innovation et la créativité

Le groupe Randstad a lui aussi développé un programme d’intrapreneuriat en s’alliant avec l’école CentraleSupelec, avec pour visée de développer l’approche digitale de ses collaborateurs et « de faire naître une nouvelle culture sur l’innovation et la créativité », selon Sabrina Dannelongue, Responsable Formation des Permanents.

Ainsi, deux promotions de douze collaborateurs ont déjà terminé le parcours de formation qui se déroule sur 8 mois en présentiel et en distanciel à raison de deux à trois jours par mois. Les participants choisis par les managers puis le Comex travaillent autour de thématiques liées au digital : design thinking, grandes innovations technologiques, innovation et centrage client, leadership, identité digitale…

Un nouvel état d’esprit d’entreprise

A l’issue de la formation, les promotions présentent des projets au Comex, qui décide alors de les développer en interne ou non. L’un d’eux est en cours de réalisation. Il s’agit d’un chatbot destiné à faire vivre une expérience unique au nouveau collaborateur du groupe et à ainsi limiter le turn over. Une troisième promotion ouvre en septembre et le groupe entend voir perdurer ce programme dans le temps.

Car, selon Sabrina Dannelongue, bien plus qu’un apport pour les salariés participants, « ce programme a permis d’intégrer plus facilement auprès de l’ensemble des collaborateurs les notions d’agilité et d’encourager les salariés à se tourner vers le digital ».

« L’intrapreneuriat est bien plus que le fait de lancer des projets, c’est une culture, un nouvel état d’esprit », confirme Raphaël Thobie.

Vers un écosystème interne d’intrapreneuriat ?

Tout le monde ne peut pas être porteur de projet intrapreneurial, mais tout le monde peut y participer

Pour l’heure, les programmes d’intrapreneuriat diffèrent tous des uns et des autres et recouvrent des réalités parfois opposées. Le modèle Google, chez qui chaque salarié peut utiliser 20% de son temps pour développer un projet personnel est encore loin d’être la règle en France. En cause ? Des résistances culturelles, organisationnelles et un flou juridique.

Selon le fondateur de CreateRocks, les entreprises ont une carte à jouer en développant de vrais écosystèmes d’intrapreneuriat permettant à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice d’un projet. « Tout le monde ne peut pas être porteur de projet intrapreneurial, mais tout le monde peut y participer, selon lui. Cette stratégie implique une vraie évolution des mentalités, avec une philosophie faisant passer tout nouveau projet dit classique par la case intrapreneuriat et valorisant toutes les étapes et toutes les personnes qui travaillent dans le projet ».

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