Animaux au travail : quels bienfaits en management ?

Un travailleur au bureau avec son chien

La démarche peut surprendre, mais venir avec son chien au travail n’a plus rien d’étonnant dans bon nombre de pays. Si en France la démarche se développe lentement, les bénéfices de la présence de nos amis les bêtes sur le management sont importants.

Le 22 juin 2020 marquera la 22e édition du « Take your dog to work day » aux Etats-Unis. Lancée en 1999, l’initiative a pour but d’inviter les salariés à venir avec leur animal de compagnie préféré au bureau. Ce concept s’est étendu aux Pays-Bas ou encore au Royaume-Uni. Certains grands groupes anglo-saxons, dont Google ou Amazon, y ont même vu une opportunité et acceptent que leurs collaborateurs viennent accompagnés chaque jour. 

En France, le phénomène s’installe progressivement. Il ne concerne à ce jour qu’une vingtaine d’entreprises françaises et essentiellement des chiens, plus à même de respecter des règles et de vivre dans l’environnement du bureau, selon le groupe Purina, précurseur du « pets at work ». 

« La France accuse un vrai retard sur le sujet par rapport aux pays européens et anglo-saxons, notamment du fait des réticences des grandes entreprises à accueillir des animaux au travail », assure Magali Gavaret, responsable du sujet chez Purina. 

Le groupe spécialisé dans l’alimentation animale a créé en 2017 une Alliance européenne afin de convertir d’ici à la fin 2020 jusqu’à 200 entreprises . « Nous croyons vraiment aux bénéfices qu’apporte cette initiative tant pour l’employé, l’entreprise que pour l’animal », explique-t-elle.

Moins de stress, plus de lien social

Car accueillir des animaux au bureau abaisserait avant tout le niveau de stress. Et en matière de lutte contre le stress, la France a bien besoin de s’améliorer, car selon une enquête The Workforce View in Europe de 2019, l’Hexagone se place à la 3e place parmi les pays européens où les salariés se sentent stressés au quotidien, derrière l’Allemagne (20%) et la Pologne (25%).

Selon Sarah Jeannin, docteur en éthologie à l’Animal University, « la présence d’animaux a un impact positif sur le plan scientifique : elle fait diminuer le taux de cortisol, responsable du stress, et favorise l’augmentation de l’ocytocine favorable à l’apaisement ». 

Qui dit baisse du stress, dit amélioration des relations sociales. Les petites bêtes sont réputées pour être rassembleuses et ainsi améliorer les rapports entre collègues et dirigeants. « Les animaux au travail facilitent les liens sociaux, qui sont de plus en plus rares dans les entreprises. Les animaux deviennent un vecteur d’humanité important », souligne Sarah Jeannin. 

Une affirmation confirmée par une étude NationWide de 2018 : 52% des employés qui travaillent dans une entreprise acceptant les animaux de compagnie déclarent une relation de travail positive avec leur manager et 53% évoquent une relation positive avec leurs collègues. David Abiker, journaliste chez Radio Classique et fondateur de la ligue canine des travailleurs, en fait l’expérience depuis qu’il a emmené son chien Obi-Wan à la rédaction : « les collègues se laissent aller, sont plus loquaces et se livrent beaucoup plus ». 

un chat au bureau

Une motivation essentielle pour les entreprises

Cette présence augmenterait aussi la motivation des équipes et développerait la créativité et la performance des collaborateurs. L’université de Lincoln en juin 2019 a démontré que les employés accompagnés de leur chien sont 22% plus satisfaits de leurs conditions de travail. Leur capacité de travail progresserait de 33% et ils seraient plus engagés vis-à-vis de leur entreprise.  

Une motivation qui aurait alors un impact fort sur la marque employeur et sur la fidélisation des salariés dans l’entreprise. Cela serait d’autant plus vrai pour les Millenials, très attachés à la liberté de venir avec leur compagnon à poil au bureau, selon un sondage d’Ipsos de 2017 pour Purina

« Le chien est un peu comme un enfant, souligne Frédéric Torreilles, fondateur de MeetDeal, qui fait partie de l’Alliance de Purina avec WeWork, Cadeau Maestro ou encore Copynews. Un salarié qui n’a pas le souci en tête de savoir comment va son animal est plus concentré sur ses tâches ». 

Selon le fondateur, l’autre atout non négligeable repose sur le fait que les collaborateurs font de réelles pauses pour sortir les animaux, loin des écrans et des réseaux sociaux. Avec à la clé une augmentation de l’activité physique, bénéfique pour la productivité. Le PDG de Meet Deal voit le chien en quelque sorte « comme le chief happiness officer » de l’entreprise. 

Des règles indispensables

Reste qu’accueillir des animaux doit respecter des règles. Purina publie un guide pour aider les entreprises à bien introduire la présence des animaux auprès des collaborateurs, avec des conseils utiles, comme d’éviter de laisser un chien seul dans un bureau, ou de veiller à l’adaptabilité. « L’établissement de règles se fait naturellement dans notre entreprise, ce qui peut être plus complexe dans les grandes structures, où les divergences d’opinions et les contraintes sont sans doute plus nombreuses », assure Frédéric Torreilles. Un argument qui peut expliquer les chiffres de l’étude de Joblift en 2018. Les entreprises les plus généreuses avec cette initiative sont les PME  (50% des offres étudiées), suivies des TPE (23%) et les grandes entreprises (16%). 

Pour Magali Gavaret de Purina, les grands groupes ne se lancent pas vraiment dans la tendance surtout du fait « d’une méconnaissance du sujet, des barrières qu’elles se mettent et des clichés véhiculés sur les animaux ». Une situation paradoxale, quand on sait qu’un Français sur deux possède au moins un animal de compagnie, soit 63 millions d’animaux domestiques. 

A travers ces réticences, c’est autre chose qui se joue selon David Abiker. « L’entreprise qui accepte le chien est une entreprise qui accepte l’imprévu, l’exception et l’aléa. D’une certaine façon, celles qui font un blocage sur ce sujet en font plein d’autres, estime le journaliste. Les entreprises parlent beaucoup de diversité, d’inclusion et de bienveillance. Accepter un chien, c’est aller sur un chemin fragile. C’est penser contre ce qui se fait, c’est tenter quelque chose ».

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