Quelles révolutions numériques pour l’artisanat à « l’âge du faire » ?

re.sources - fablab

09 Mar 2016

CATÉGORIE
Anticipations

Alors que la désindustrialisation de la France remet en cause sa capacité à continuer à produire des biens physiques, paradoxalement, sous l’effet de la digitalisation, jamais les moyens de production n’ont autant été à la portée des individus.
Les fablabs (« fabrication laboratory »), ou usines de fabrication numériques en sont les meilleurs exemples.
Ces espaces où l’on bricole, fabrique, teste et essaye, également appelés « hackerspace », remplis de machines et d’outils, d’ordinateurs, de scies ou d’imprimantes 3D, redéfinissent les contours de la fabrication artisanale.
Re.sources revient sur les révolutions numériques à l’œuvre dans l’artisanat, un secteur au cœur des nouvelles façons d’entreprendre, d’innover, de concevoir et de réparer.

 

Les fablabs, usine de fabrication numérique

Les principes de démocratisation, de collaboration et d’innovation chers au digital s’appliquent désormais aux produits physiques et à leur fabrication. De la même façon que les ordinateurs ont permis le développement des pratiques numériques et le Web, la diffusion de l’information, les fablabs donnent accès au service de la fabrication.

Lieux de collaboration par excellence, les fablabs sont directement issus d’une culture libertaire, aussi hippie qu’entrepreneuriale, qui irrigue la Californie, et plus largement les États-Unis depuis une quinzaine d’années. Davantage qu’un exemple isolé et cantonné à une région du monde, c’est un nouveau paradigme qui est en train de s’inventer, et de se propager à présent en Europe. En effet, derrière ces espaces, un véritable changement culturel est à l’œuvre. La culture « maker », qui regroupe les adeptes du « do it yourself » (« faites-le vous-même ») version nouvelles technologies attire de plus en plus d’adeptes.

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L’enjeu du lien social est aussi un point central de la philosophie des « makers » avec la création de ressources et d’espaces communs à disposition de tous. Les fablabs, en utilisant exclusivement des ressources technologiques libres ou open source s’inscrivent résolument dans une logique communautaire et de partage dites « 2.0 ».

 

Vers un artisanat 2.0 ?

Ces entrepreneurs ou simples bricoleurs, en réparant ou fabriquant des objets à l’aide d’outils numériques, à commencer par l’imprimante 3D ou la découpeuse laser, remodèlent le secteur de la fabrication, secteur historiquement artisanal.  

Si l’on se fie à la définition de Wikipédia, « l’artisanat est la production de produits ou services grâce à un savoir-faire particulier et hors contexte industriel : l’artisan assurant en général tous les stades de sa production, de transformation, de réparation ou de prestation de services, et leur commercialisation ». En y ajoutant les procédés numériques et collaboratifs que l’on retrouve dans les fablabs, cette définition s’enrichie et donne lieu à une notion « d’artisanat 2.0 ».

Si toutes les activités professionnelles regroupées sous l’appellation « artisanat » ne sont pas égales face aux révolutions technologiques, à l’instar du bâtiment ou de l’alimentation, c’est bel et bien celle de la fabrication qui est la plus touchée avec l’émergence des fablabs. Imprimerie, plasturgie, métallurgie, travail du bois, de la céramique… La fabrication artisanale regroupe donc un ensemble de procédés, techniques, matériaux et outils qui se retrouvent aujourd’hui dans les fablabs, démocratisant de fait la notion de conception et de travail de la matière.

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Entre artisanat et industrie, les fablabs brouillent les pistes

Le plus marquant dans ce mouvement de démocratisation de la fabrication est assurément la disparition des frontières entre l’artisanat et l’industrie. En effet, l’artisan, l’entrepreneur ou l’individu souhaitant fabriquer ou faire réparer un objet, dispose aujourd’hui d’une forme d’indépendance vis à vis des industriels. Ces promesses d’accessibilité et d’indépendance, soutenues par la démarche des Fablabs, permettent aux utilisateurs de ces espaces de se passer de l’outil industriel de production. Du moins en partie, car dès qu’il s’agit de passer du prototypage, ou de la réparation à la production massive, les « makers » doivent se tourner vers les industriels.

De leur côté, les industriels ont pris conscience que leur taille, si elle peut être un avantage en terme de moyens, devient un handicap dans un monde flexible de plus en plus rapide. Une douzaine d’industriels français (Airbus, Alcatel-Lucent, AREVA, EDF…) ont ainsi développé des fablabs pour booster leur innovation, qui prennent différentes formes : FabLabs internes à l’entreprise, fabLabs coopératifs exploités entre plusieurs partenaires ou externes, en collaboration avec des FabLabs extérieurs.

Les enseignes de la grande distribution sautent également le pas. Leroy Merlin souhaite par exemple proposer des FabLabs dans ses magasins. Dans le cadre d’un partenariat avec l’américain TechShop, l’entreprise vient ainsi d’ouvrir en octobre dernier un FabLab de plus de 1500 m2 en région parisienne. La conception de la pièce de bricolage unique, disparue des stocks mais irremplaçable, est désormais possible.

La France n’a pas manqué l’occasion d’innover. Avec plus d’une centaine de FabLabs répartis sur tout le territoire, notre pays possède l’un des plus important réseau au monde (voir notre cartographie interactive des FabLabs en France).

 

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