Décryptage

Slasher, solo entrepreneur… Place aux nouveaux travailleurs !

Image

Face à un marché du travail instable et à la digitalisation de l’économie, une nouvelle génération de travailleurs émerge. Slasher, solo-entrepreneur ou micro-travailleurs réinventent le monde du travail et misent sur de nouvelles trajectoires professionnelles.

 

« Ne plus subir la flexibilité de l’emploi mais la rendre viable et joyeuse ». En une phrase, Anthony Gutman résume la mentalité des nouveaux travailleurs, qu’il fréquente au quotidien dans la communauté qu’il a créée Remix Coworking.

Initialement confrontés à des salaires modestes et à une instabilité des emplois, ces nouveaux types de travailleurs ont cherché à diversifier leurs activités afin de pouvoir joindre les deux bouts. Une situation qui constitue finalement le socle de leur vie professionnelle, par choix ou par passion.

Si cette tendance se développe, c’est que des plateformes de type Uber, Airbnb ou Amazon incitent à ce type d’activités. Elles permettent de compléter ses revenus en étant flexible dans son organisation.

 

Slashers heureux

Parmi ces nouveaux visages du travail, l’un des plus répandus est le “slasher”. Le terme, venu tout droit d’outre-Atlantique et issu du “slash”, la barre oblique « / » que l’on positionne entre deux mots, évoque le cumul de plusieurs activités. Une manière pour le travailleur de se créer une vie professionnelle sur-mesure, et de pouvoir cumuler plusieurs activités rémunératrices.

Ils sont à la fois menuisier et photographe, DJ et vendeur de vêtements, chauffeur de VTC et steward.Toutes les catégories professionnelles sont représentées. Leur parcours divergent : certains ont perdu leur emploi et croient plus en l’entrepreneuriat qu’au salariat. D’autres ne veulent pas laisser de côté leur passion.

Flora Clodic-Tanguy se dit « slasheuse heureuse ». Sur son blog, elle explique qu’elle souhaite « articuler ses centres d’intérêt variés et ses compétences professionnelles ; ne pas rentrer dans une case, mais inventer ses propres cases, qui répondent aux besoins multiples de ses futurs clients ». Concrètement, elle jongle entre ses activités de journaliste, celles de community manager ou d’animatrice de campagne de crownfunding, entre autres.

 

 

Par choix

« On passe d’une société de l’emploi à celle de l’activité, analyse Aurialie Jublin, responsable du think-tank Fondation Internet nouvelle génération (Fing), qui aide à anticiper les transformations digitales. La recherche du développement personnel est omniprésente chez ces travailleurs. Le slasher se réinvente en permanence et créé un nouveau rapport au travail, qui lui est propre ».

Selon une étude publiée par le Salon des micro-entreprises (SME), près de 4,5 millions de personnes auraient déjà succombé à la diversification de leurs activités. Soit près de 16 % des actifs.

La seconde activité est majoritairement choisie dans des secteurs de services aux particuliers et aux entreprises, favorisés par l’essor conjugué des sites collaboratifs et des plateformes de missions.

Selon l’étude, la situation de slasher est assez peu subie, mais désirée, même si l’objectif commun est d’accroître ses revenus. 70 % d’entre eux le sont devenus non pas par obligation financière mais par choix ou par passion.

 

 

Goût pour l’entrepreneuriat

De slasher à solo entrepreneur, il n’y a qu’un pas. Selon l’étude du  salon des micro-entreprises (SME), un tiers des slashers pratique sa deuxième ou troisième activité en tant qu’entrepreneur. Un passage à l’acte favorisé par le régime de l’auto entrepreneur et un tremplin vers l’autonomie.

Contrairement à des profils d’indépendants plus traditionnels, le solo entrepreneur n’a besoin ni de financement, ni de salariés, ni d’infrastructures. Grâce à la digitalisation, le slasher entrepreneur peut gérer facilement ses différentes activités tout en restant dans son poste actuel.

Il en est de même pour les travailleurs qui pratiquent le micro-travail ou “Digital Labor”. Il s’agit cette fois d’un ensemble de petites tâches informatiques qui ne peuvent être déléguées à des ordinateurs ou robots. Les grands noms du digital comme Amazon recherchent des profils pour réaliser ces tâches, sans qualification particulière ni horaire fixe.

 

 

Une vraie culture

« La frontière entre vie privée et vie professionnelle s’efface, puisque les activités font référence à des passions ou des choix. C’est ce qu’on appelle le blurring », explique Anthony Gutman, qui a définit les traits marquants de cette culture.

Car bien plus qu’un nouveau moyen de travailler, les nouveaux travailleurs réinventent le rapport à l’activité. Ainsi, ils s’appuient sur le partage d’expériences et de savoirs, font appel à leurs pairs, mais aussi à toute une communauté de personnes aux centres d’intérêt ou aux activités très diverses et éloignées de leur propre champ de compétences. « C’est une manière pour eux de s’ouvrir au monde et de penser en dehors du cadre, précise Anthony Gutman. C’est aussi un bon moyen de pouvoir saisir des opportunités différentes ».

Contrairement aux idées reçues, cette nouvelle configuration professionnelle n’est pas le fait d’une génération en particulier. Si elle touche évidemment de front les moins de 30 ans ou génération millennials, toutes les catégories et tous les âges sont représentés. Selon l’étude du SME, la proportion de slashers est aussi importante chez les plus de 50 ans.

« Le digital ouvre des possibilités immenses, même pour des gens à la retraite qui veulent développer une activité sur Internet. Nous sommes à un vrai tournant dans le monde du travail« , précise Aurialie Jublin, qui cite Seth Godin, ancien responsable marketing de Yahoo : « Mon père a eu un même travail dans sa vie entière, j’en aurai 7 dans la mienne et mon fils en aura 7 en même temps.»

Reste que ces nouvelles formes de travail engendrent des questions encore en suspens. Notamment celle des droits sociaux. France Stratégie mène une réflexion sur l’avenir du travail et les redéfinitions nécessaires de l’emploi, des statuts et de la protection.

Dans son rapport du 6 janvier 2016, le conseil national du numérique a, pour la première fois, évoqué un statut pour les nouveaux travailleurs ayant des trajectoires professionnelles hybrides.

Inscrivez-vous à la Newsletter