Décryptage

Robots et humains sont-ils compatibles ?

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En juillet, le groupe de recherche France Stratégie publiait une étude concernant l’automatisation des emplois en France.
Le mois suivant, Uber annonçait via sa filiale Otto le premier test de livraison par camion semi-autonome aux Etats-Unis. Re.Source fait le point sur l’automatisation de l’emploi et son impact sur les humains.

 

Depuis plusieurs années, les véhicules particuliers et les camions sont  la cible d’expérimentations en matière de conduite autonome. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette technologie se développe très rapidement. De nombreuses entreprises en ont fait leur priorité, à tel point que Google, Volvo, Ford, Daimler, General Motors, ou Tesla paraissent sur le point de commercialiser les premiers modèles de voitures avec des systèmes de conduite automatique.

On peut aussi désormais citer Otto, filiale d’Uber, spécialisée dans le transport routier de marchandises. Celle-ci a réussi à boucler avec succès un trajet de 200 km aux États-Unis pour livrer une cargaison de 50 000 canettes de bière.

Le système utilisé par Otto n’est cependant pas encore en mesure de gérer seul la totalité du parcours. S’il est capable d’opérer sur les autoroutes sans aide additionnelle, il lui faut encore le concours d’un chauffeur pour négocier les parties les plus délicates telles que des rues trop étroites ou certaines interdictions comme c’est déjà le cas avec les ponts de Pittsburgh aux Etats-Unis. Autrement dit, les chauffeurs sont encore loin d’être obsolètes même si la conduite autonome est en train de se développer à vitesse grand V.

 

Tous les emplois ne sont pas (encore) automatisables

Alors que  l’automatisation des emplois peut effrayer, une étude récente permet de tempérer certaines idées reçues. Tout d’abord, l’apparition des robots dans l’industrie et les services n’est pas une nouveauté. Dès les années 1970, les constructeurs automobiles utilisaient  des robots sur leurs chaînes de production. L’impact de ces automates sur l’emploi était déjà une préoccupation à cette époque. De même, l’installation de distributeurs automatiques de billets a profondément modifié les besoins en main-d’œuvre dans le secteur bancaire. Le déploiement de ces distributeurs a diminué le coût d’exploitation des agences bancaires et leur nombre a alors augmenté. Depuis, le développement des services de banque en ligne et l’apparition des modes de paiement sans contact contribuent à réduire le nombre des agences bancaires. Une nouvelle menace pour les employés du secteur bancaire ?

En se penchant de plus prêt sur une étude publiée par France Stratégie durant l’été 2016, il ressort que l’automatisation n’entraîne pas  nécessairement des baisses d’emplois.

L’étude révèle ainsi que la nature des métiers s’est profondément modifiée. Désormais, 61 % des employés déclarent occuper un emploi nécessitant une réponse immédiate à une demande extérieure et ne devant pas toujours appliquer des consignes, contre 35 % en 2005. Ce profil d’emplois, qualifiés de « peu automatisables » par France Stratégie, a également augmenté parmi les techniciens (62 % contre 47 % en 2005) et, dans une moindre mesure, chez les cadres (48 % contre 43 %).

L’automatisation conduit donc davantage à une transformation de l’exercice des métiers, plutôt qu’à leur disparition. Et elle en crée même de nouveaux! Directement d’abord, dans des secteurs comme la R&D, la conception, la production, la commercialisation ou encore la maintenance. Ainsi, en France, les ingénieurs informatiques et télécoms sont actuellement 310 000 de plus qu’au début des années 1980. Indirectement ensuite, car les gains de productivité induits par l’automatisation permettent aux entreprises de développer de nouveaux services, d’innover et donc de créer de nouveaux emplois.

En définitive, l’automatisation des emplois n’est pas qu’une question technologique mais surtout une question d’acceptabilité́ sociale, d’organisation du travail, et d’innovation. Le contenu des métiers se transforme et se concentre désormais sur les tâches non-répétitives, pour lesquelles les travailleurs ont un avantage comparatif sur les automates, dans une complémentarité́ entre la machine et l’homme, notamment sous la forme d’un besoin accru en compétences sociales et comportementales, les fameuses “soft skills”. L’heure où les robots penseront et agiront comme les humains n’est peut-être pas encore arrivée…

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