Décryptage

Quand les start-up inspirent les grands groupes

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Paris pourrait doubler Londres et Berlin en matière d’écosystème de start-up, selon le Financial Times ! Une bonne nouvelle, surtout pour les grands groupes français nombreux à s’allier et à s’inspirer des jeunes pousses.

 

Face à la multiplication des entreprises de type Uber, Airbnb et Blablacar, les grands noms de l’économie française ont plus que jamais besoin d’innover. Au risque d’être rattrapés par ces pépites. Selon Franck Sebag, responsable des entreprises de croissance chez Ernst&Young, « l’accélération mondiale des business impose d’être toujours à la pointe de l’innovation, et elle vient désormais essentiellement des start-up ».

Ces groupes doivent notamment faire face à la transformation digitale de l’économie et à l’arrivée de nouvelles générations de salariés, plus enclines à collaborer dans des modes organisationnels beaucoup plus proches de ce qui se passe dans les start-up (moins hiérarchisé, plus d’autonomie et d’interaction).

« Si les grandes entreprises n’adaptent pas les mêmes formes de travail, elles risquent d’avoir des difficultés à recruter des talents dans les prochaines années », précise Olivier Brisac, directeur associé de l’incubateur Co.Builders.

 

Open innovation

En passant par des start-ups, les grands comptes bénéficient du degré d’autonomie que leur  structure et leurs process internes ne leur offrent pas. Tous les groupes du CAC 40 multiplient donc les partenariats avec les start-up, selon une étude de Bain et Company, intitulée David contre Goliath.

« Les interactions se créent de manière indirecte via le financement de fonds de capital risque qui investissent dans les start-up ou de manière directe via de l’open innovation », précise Franck Sebag.

Destinée à faire émerger des innovations de rupture, l’open innovation est pratiquée entre autres par Orange, via Orange Fab, à La Poste, avec Start’inPost, ou encore chez Total, via l’Usine 4.0.

Les start-up apportent ainsi souplesse et « grain de folie » dans des groupes encore parfois en proie au manque de dynamisme, du fait de leur taille et de leurs process internes. « Même les ETI, pourtant plus agiles, ont recours aux start-up, à travers notre programme Innov&Connect« , assure Myriam Beque, Directrice du Développement de l’Innovation dans la Banque de Détail en France chez BNP Paribas.

 

Miser sur l’agilité

« Le mode de fonctionnement des start-up, basé sur l’agilité, bouscule l’entreprise, car il apporte une nouvelle réflexion, assure-t-elle. Une bouffée d’oxygène s’opère dans les équipes ».

L’esprit start-up permet l’expérimentation, les phases de test et surtout le droit à l’erreur. Chez Vinci Autoroutes, qui a lancé un accélérateur Le Lab dès 2013, Valérie Dagand, Directrice Digital et Innovation, le reconnaît : « Les start-up avec lesquelles nous collaborons nous placent en posture de veille et de détection d’opportunités, pour réagir et être en phase avec les changements de comportements des clients et l’évolution de l’économie mondiale « .

Une idée partagée par son homologue de BNP Paribas : « les start-up ont bousculé l’écosystème économique, en nous aidant à développer un monde très ‘open’, basé sur le partage et l’échange ».

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Choc des cultures

Plus qu’un simple projet, la collaboration avec les start-up engage les entreprises à bousculer leur vision de l’innovation et parfois même du management. « C’est parfois un vrai choc des cultures », reconnaît Myriam Beque.

Un choc qui n’est pas pour déplaire aux plus jeunes générations (Y et Z), ravies de voir que les organismes structurés gagnent en agilité et en flexibilité, et peuvent leur offrir des perspectives de carrière différentes.

Chez Vinci Autoroutes, par exemple, « nous avons réussi à casser les silos managériaux et nous sommes passés en mode projet « , précise Valérie Dagand. La conduite de projet se fait main dans la main entre des salariés de Vinci et des collaborateurs de start-up.

L’esprit start-up bouscule aussi la culture entrepreneuriale française et incite à prendre davantage de risques. L’acceptation du danger favorise ainsi l’adaptation permanente et encourage à s’investir davantage dans les projets, souligne l’étude Bain et Company.

 

Gagnant gagnant

Pour réussir cette transition, il est nécessaire que l’échange soit gagnant. « L’essentiel est de réunir le meilleur des deux mondes », selon Olivier Brisac. La grande entreprise peut innover plus rapidement et de manière plus adaptée à l’évolution du marché. De son côté, la start-up bénéficie de la puissance financière et internationale du géant français.

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