Décryptage

L’ubérisation : “buzzword” ou réalité économique ?

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L’ubérisation de l’économie est un concept aux contours flous, largement relayé par les médias dans le débat public. Et les termes pour le désigner sont légion : désintermédiation, disruption, économie digitale, collaborative, à la demande, du partage ou encore “Gig Economy”…
Si tous ces termes réfèrent de peu ou de loin au concept d’ubérisation de l’économie, ils soulèvent toujours plus de questions, déchaînent les passions et cristallisent les peurs, sur l’emploi notamment.

 

De quoi l’ubérisation est-elle le nom ? Déterminer ses effets sur l’emploi et ses caractéristiques économiques n’est pas chose aisée.

Dans un rapport publié le mois dernier, la banque d’affaires Clipperton s’est essayée à l’exercice en listant les principales caractéristiques de ce que les auteurs appellent l’«Uber-economy». Selon Clipperton, les sociétés gravitant dans l’« uber-économie » ont toutes pour points communs de bouleverser les ordres établis sur un marché en le bouleversant, de faciliter l’échange et la transaction entre une offre et une demande et de proposer une solution globale à des problèmes locaux tout en simplifiant les services associés.

 

L’« Uber-economy », une économie d’abord centrée sur le travail

Mais la principale caractéristique de ces startups de l’«Uber-economy» est de centrer leurs services davantage sur le capital travail que sur les actifs physiques – à l’exception d’Airbnb. Le travail devient ainsi le dénominateur commun de ces plateformes numériques, qui offrent soit des compléments de revenus à des travailleurs occasionnels, soit deviennent la principale source de revenus pour d’autres.

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AirBnB voit de plus en plus de professionnels de l’immobilier utiliser son service pour en faire une source de revenus à part entière.

Salariés, étudiants, chômeurs, fonctionnaires, retraités… Un nombre croissant de personnes, tous statuts et niveaux de qualification confondus, s’inscrivent sur ces plateformes pour y proposer leurs services.

Le nombre de micro entrepreneurs, qui parviennent, parfois, à en tirer des revenus significatifs, complémentaires ou non, a logiquement grimpé en flèche. Ainsi, en France, plus de 200 000 personnes proposent leurs services pour des missions ponctuelles (bricolage, transport de personnes, déménagement, etc.) tirant parti de la flexibilité du statut d’auto-entrepreneur et du développement des places de marché digitales.

 

L’heure de la régulation ?

Alors que la compréhension et la définition de ce phénomène économique demeure complexe, il pose aux pouvoir publics des questions majeures en matière de régulation.

Un rapport, rédigé en début d’année par le député Pascal Terrasse, préconise d’ailleurs une clarification du cadre juridique applicable aux activités issues de l’économie collaborative et contient plusieurs recommandations, notamment en rapport avec la protection des travailleurs de l’économie collaborative (convergence des régimes de protection sociale des salariés et des indépendants, sécurisation des parcours professionnels, encadrement des relations entre les plateformes et leurs prestataires, formation de ces prestataires…).

Plus récemment, c’est la fédération du travail temporaire, le Prism’Emploi[1], qui a proposé dans un « Manifeste pour l’emploi » de confier à une agence d’emploi la gestion du contrat de travail d’un chauffeur Uber ou d’un livreur à vélo Deliveroo, afin de leur assurer un statut plus sécurisé.

Plus qu’un simple “buzzword” qui suscite controverse, interrogation voire rejet, l’ubérisation ou “l’uber-economy” est belle et bien une réalité économique qui se caractérise par la digitalisation de l’offre et de la demande de services via des intermédiaires : les plateformes. Tous les secteurs sont aujourd’hui touchés, même les plus réglementés, signe que le développement de cette nouvelle économie se généralise. Reste à savoir si “l’uber-economy” créera plus de valeur qu’elle n’en détruira.

 

 

[1] RE.SOURCES est une plateforme créée à l’initiative du groupe Randstad France, adhérent au Prism’emploi.

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