Décryptage

Le travail temporaire, un indicateur à la tête de l’emploi

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Qu’ils soient publiés tous les mois, chaque trimestre ou à l’année, les chiffres du travail temporaire sont scrutés à la loupe.
Un tel intérêt ne doit rien au hasard : l’intérim est réputé être un indicateur avancé. Tantôt de la conjoncture, tantôt du marché de l’emploi.
Pour cette raison, commentateurs et journalistes saisissent chaque opportunité pour déceler dans les courbes du travail temporaire les prémices d’une embellie sur le front de l’emploi ou, au contraire, les signes avant-coureurs d’un essoufflement de la croissance.
Mais, une fois revêtu ses habits de Pythie, quels oracles l’intérim permet-il réellement de rendre ?
re.sources vous répond en quatre graphiques.


La conjoncture, d’abord.
En la matière, l’évolution comparée du PIB et du travail temporaire ces dix dernières années dessine peu ou prou les mêmes courbes. Depuis 2000, la croissance et l’intérim réagissent de concert aux chocs successifs encaissés par l’économie française – l’explosion de la bulle Internet au début de la décennie puis la crise financière de 2008/2009. L’intérim, ici, ne semble pas précéder ni suivre les variations de la richesse nationale, tout au plus les accompagne-t-il.

La faute à l’analyse du temps long, qui lisse nécessairement les aspérités ? Reste que le changement de focale, en privilégiant le gros plan au plan d’ensemble, ne livre pas de vision alternative.

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Sur trois ans, du premier trimestre 2008 au quatrième trimestre 2010, le rapport entre intérim et croissance reste inchangé : leurs courbes demeurent synchrones. Difficile, dans ce contexte, de considérer le travail temporaire comme un indicateur avancé.

L’emploi, ensuite. Comment l’intérim et l’emploi se répondent-ils? Une première différence saute aux yeux : le parallélisme des formes n’est plus de mise. Sur le long-terme, de 2000 à 2012, les courbes de l’intérim et du chômage se croisent à cinq reprises. Surtout, elles évoluent de manière coordonnée. Le chômage baisse et l’intérim remonte aussitôt. Mais l’inverse est tout aussi vrai. L’intérim plonge et c’est le chômage qui grimpe en flèche. Alors, qui de la poule ou l’œuf ? La vision « panoramique », si elle a le mérite de révéler les tendances lourdes, ne fournit pas la réponse.

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L’analyse resserrée dans le temps livre en revanche une lecture différente des rapports de causalité. Considérons la période de 2008 à 2010, emblématique au regard de l’ampleur de la récession qui a touché le France et plus encore le reste de l’Europe. Dans l’Hexagone, pour rappel, l’intérim avait dévissé de 30 % en 2009, la pire chute de son histoire. A l’échelle de ce cycle économique, il apparaît que le travail temporaire et l’emploi évoluent en différé.

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Première illustration. Alors que le travail temporaire était jusqu’alors sur une pente ascendante, il marque un coup d’arrêt dès février 2008 – donc bien avant la faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008. Or, à cette époque, le chômage est toujours orienté à la baisse. Un reflux qui se poursuivra d’ailleurs encore six mois. Dans ce cas, il aura donc fallu une demi-année avant de voir les effets du repli de l’intérim se répercuter sur le marché de l’emploi.

Second exemple. De mars 2008 à mars 2009, la situation du travail temporaire ne cesse de se dégrader. La rupture intervient en avril 20009. A cette époque, le marché continue certes de reculer, mais à un rythme moins important que le mois précédent. Une première en un an ! Surtout, ce schéma en forme d’inversion de tendance se reproduit cinq mois plus tard sur l’emploi. Le chômage poursuit sa course en avant, mais sa hausse est enfin freinée.

A l’appui de ces exemples, l’intérim mérite sa casquette d’indicateur avancé de l’emploi. Les fluctuations du travail temporaire annoncent avec six mois d’avance celles de l’emploi. A cet égard, la situation actuelle ne devrait pas connaître d’embellie avant – au mieux – la fin de l’année : en avril 2014, l’intérim a enregistré un recul de ses effectifs de 1 % sur un an, selon le baromètre Prism’emploi.

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