Décryptage

L’évolution de l’emploi dans la filière automobile française

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Alors que ce secteur domine le paysage industriel français depuis des décennies, l’automobile  fait face aujourd’hui à de nombreux chocs conjoncturels.
Mais malgré la baisse de l’activité et de l’emploi dans la filière depuis la crise de 2008, l’industrie automobile française est en pleine reconstruction.
Les innovations technologiques liées notamment à « la voiture du futur » font évoluer en profondeur les effectifs et la structure des emplois dans cette dernière. Cette recomposition a des répercussions sur toute l’industrie française.
Etat des lieux et prospective de l’emploi et des besoins en compétences de la filière automobile.

 

La filière automobile  regroupe les constructeurs automobiles, les sous-traitants de rangs 1, également appelés « équipementiers » et les sous-traitants de rang 2 ou plus. Au cours des dernières années, les constructeurs automobiles se sont recentrés sur leur cœur de métier, à savoir la conception, l’assemblage final des véhicules et la fabrication des moteurs et de boîtes de vitesses. Spécialistes dans des domaines pointus, comme l’électronique, l’éclairage, la climatisation, les transmissions, les « rangs 1 » travaillent en direct avec les constructeurs automobiles. Ce sont en règle générale de grandes entreprises dépendant de groupes nationaux ou internationaux. Ils sont de plus en plus associés aux travaux de Recherche et Développement de nouveaux véhicules, et portent une part croissante des innovations de la filière. Les rangs 2 ou + maîtrisent des savoir-faire propres ou non à l’industrie automobile comme la sidérurgie, la plasturgie, la chimie, etc. Ils sont très nombreux au niveau local, beaucoup plus petits en taille, moins internationalisés et moins dépendants de la conjoncture de l’industrie automobile française que les rangs 1.

 

La filière automobile « amont » : une filière en difficulté depuis la moitié des années 2000

Le décrochage de la filière automobile française s’est accéléré durant la dernière décennie. En effet, selon le comité des constructeurs français (CCFA) la France a produit moins de 1,4 millions de voitures particulières en 2012 contre 2,2 millions en 2007, soit une baisse de 36,4%. En 2010, la filière automobile employait environ 500 000 personnes en France soit un quart de moins que dix ans auparavant. Les constructeurs automobiles ont été les premiers frappés par cette baisse. Leurs difficultés se sont logiquement répercutées en partie sur les rangs 1 qui ont perdu sur la période 2000-2010 plus du tiers de leurs effectifs.

Sur la période 2010-2020, les constructeurs devraient encore perdre plus de 40 000 emplois. Sur cette même période, les sous-traitants de rang 1 devrait eux perdre environ 24 000 emplois. De leurs côtés, les sous-traitants de rang 2, moins dépendants dans l’ensemble des fluctuations de l’industrie automobile grâce à la diversification de leurs activités, pourront profiter de la croissance d’autres secteurs comme celui de l’aéronautique. Le rythme des destructions d’emploi y sera donc inférieur à celui des constructeurs et des rangs 1, mais ce sous-secteur étant le plus gros employeur, il devrait perdre le plus grand nombre d’emplois (-58 000 d’ici 2020). Au total ce sont donc 135 000 emplois qui devraient disparaitre pour l’ensemble de la filière d’ici à 2020.

 

La structure des qualifications de la filière automobile en pleine recomposition

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Si la baisse du nombre d’emplois dans la filière va continuer dans les prochaines années, les produits et les processus de production vont eux continuer d’évoluer rapidement, et entraîner une restructuration des qualifications et des besoins en recrutement. Ainsi, au cours des prochaines années, la structure des emplois dans la filière continuera de se modifier avec une diminution des ouvriers de 1er niveau de qualification au profit d’ouvriers plus qualifiés qui devraient représenter en 2020 près de la moitié du total des effectifs (contre 40% en 2010). Ce recul des emplois peu qualifiés s’explique du fait de  l’automatisation renforcée des chaînes de montage et de la poursuite de délocalisation des tâches à faible valeur ajoutée.

Les efforts d’innovation et de montée en gamme chez les constructeurs et les rangs 1, notamment portés par le renforcement des normes environnementales qui accélère le renouvellement des parcs et la pénétration de nouvelles motorisations, se traduiront également par une part de plus en plus importante de cadres, techniciens et ingénieurs techniques dans les effectifs de la filière.

 

Des besoins en recrutement directement liés au développement de « la voiture du futur »

L’histoire a déjà montré qu’il n’y avait pas de renouveau automobile sans nouveaux produits. Dans cette perspective, la voiture électrique (hybride ou entièrement électrique) apparaît comme une solution d’avenir pour la filière. Les besoins en recrutement sont et seront donc à court et moyen terme directement liés à la montée en puissance des technologies nouvelles de l’industrie automobile. Le véhicule du futur, qui sera à la fois plus sûr, plus environnemental et plus communicant, nécessitera de nouvelles compétences, souvent à forte valeur ajoutée. Par exemple, l’écoconception des véhicules ne pourra se faire sans l’aide d’ingénieurs spécialisés dans l’environnement. La révolution des « matériaux composites », l’impression 3D ou le développement des motorisations électrifiées feront appel quant à eux à des compétences très particulières dans la chimie de spécialité et l’électronique. Enfin le développement de l’informatique embarquée et du « soft » nécessiteront des compétences de plus en plus pointues en ingénierie réseau et en analyse et traitement des données.

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