Décryptage

L’emploi à l’horizon 2022

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Depuis la fin des années 1990, des exercices de prospective sur les métiers et les qualifications sont régulièrement menés afin de prédire les évolutions du marché de l’emploi.
La DARES et France Stratégie ont publié en juin dernier une étude sur l’évolution et la répartition de l’emploi entre 1992 et 2022.
re.sources revient sur  les enseignements clés de ce rapport.

 

Vers une polarisation de l’emploi ?

D’après le rapport, l’emploi devrait continuer de progresser dans les professions les plus qualifiées. Ainsi, la part des métiers occupés par des cadres ou des professions intermédiaires passerait de 40,8% de l’emploi total en 2012 à 42,5% en 2022 selon le scénario central. Ce renforcement des métiers les plus qualifiés, porté par leur poids croissant dans chacun des secteurs d’activité, se ferait principalement au détriment des ouvriers et employés moyennement qualifiés : ceux-ci représenteraient moins d’un tiers des emplois en 2022, contre 38% il y a vingt ans. Si ce scénario venait à se confirmer, on assisterait donc progressivement à une polarisation des emplois et des qualifications, c’est-à-dire à une croissance de l’emploi qualifié et une stabilisation de l’emploi peu qualifié, au détriment des emplois moyennement qualifiés.

 

Les postes à pourvoir à l’horizon 2022

Entre 735 000 et 830 000 postes par an seraient à pourvoir entre 2012 et 2022. Environ 80% de ces postes correspondraient à des départs en fin de carrière. La data visualisation ci-dessous présente les autres 20%, c’est à dire les métiers qui vont bénéficier des plus grands volumes de créations d’emploi dans les 8 prochaines années.

 

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Analysés à travers une nomenclature de 87 familles professionnelles, plusieurs groupes de métiers se dégagent ici. Cet exercice confirme quelques tendances lourdes du marché du travail français, déjà commentées dans un précédent article sur re.sources par l’économiste Jean-Marc DANIEL à propos de la tertiarisation de l’économie. Ainsi, les créations d’emplois dans les prochaines années auront lieux principalement dans le secteur tertiaire. Les métiers du commerce et des services vont continuer à se développer, avec notamment de fortes créations d’emploi dans les secteurs de la santé et des services à la personne. 159 000 emplois d’aides à domicile et 103 000 postes d’aides-soignants devraient être créés d’ici 2022 d’après le scénario central de la DARES. Au total, les métiers du tertiaire, qui regroupent plus de 76% des emplois en 2012, compteraient toutefois pour près de 94% des créations totales d’emploi, avec 1,6 million d’emplois créés dans le scénario central. Dans une moindre mesure, le secteur industriel serait également concerné par des créations d’emploi, notamment pour certains métiers d’ouvriers qualifiés évoluant dans la mécanique, la soudure, l’électricité-électronique.

Si l’on ajoute aux créations nettes d’emploi les départs à la retraite, les postes à pourvoir apparaissent particulièrement nombreux parmi les agents d’entretien, les aides à domicile, les enseignants, les aides-soignants et infirmiers, les cadres des services administratifs, comptables et financiers, les conducteurs de véhicule et les vendeurs.

Au contraire, le nombre d’emplois offerts pourrait diminuer dans les métiers peu qualifiés sous l’effet notamment du positionnement des secteurs industriels sur des créneaux à plus forte valeur ajoutée, notamment technologique comme par exemple le secteur de l’automobile. Les ouvriers non qualifiés du bâtiment feraient toutefois figure d’exception puisqu’ils enregistreraient une progression de leurs effectifs d’ici 2022 en raison du redémarrage de la croissance dans leur secteur.

 

Des métiers qui se muent en compétences…

Une récente étude menée conjointement par LinkedIn et le cabinet Ernst & Young sur les tendances mondiales du marché de l’emploi permet de compléter cette analyse en soulignant un autre point important : de nombreux métiers se muent de plus en plus en compétences. En effet, selon les données recueillies au sein de profils d’utilisateurs du réseau social professionnel, et complétées par des enquêtes menées par le CSA, les emplois dans les secteurs des achats, de la gestion de projet ou des technologies de l’information et de la communication ont baissé de 10% ces cinq dernières années.

Ces secteurs en baisse apparente dans la plupart des études, à l’instar des métiers du numérique, du Web et plus généralement des nouvelles technologies, sont en fait en train de s’imposer comme des compétences socles. Métiers à part entière hier, ces compétences transverses se retrouvent aujourd’hui de plus en plus au sein des fiches de postes de secteurs dits « classiques » tels que la vente ou le marketing. Eric Dadian, Président de l’Association Française de la Relation Client, souligne pour illustrer ce propos que « la gestion des réseaux sociaux entre désormais dans le champ de compétence des agents des centres d’appels. Il faut par exemple entrer en relation avec les clients mécontents détectés sur les réseaux sociaux pour tenter de les convaincre ». La baisse des effectifs des fonctions supports et de gestion de projet fait également écho à la généralisation de ces compétences au sein d’autres profils.

Ce phénomène est d’autant plus visible au sein de la filière IT qui se rétracte dans la plupart des pays étudiés alors que le développement du digital et des nouvelles technologies ne cesse de croitre. Cette évolution du rapport entre compétences et métiers se généralisant, conduit à favoriser la mobilité et la flexibilité sur le marché du travail.

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