4 février 2016

« L’open data rend intelligible le monde qui nous entoure »

re.sources - open_data

INTERVIEW

Gilles Babinet
Entrepreneur, Digital Champion de la France auprès de la Commission Européenne
Portrait

Gilles Babinet 

Entrepreneur, Digital Champion de la France auprès de la Commission Européenne

 

 Gilles_Babinet

 

Alors que l’Assemblée nationale vient d’adopter en première lecture le projet de loi numérique, le Datalab Emploi a recueilli l’analyse de Gilles Babinet, entrepreneur et « Digital champion », représentant de la France auprès de la Commission européenne, sur les enjeux de l’open data pour le marché de l’emploi.

 

Vous prônez régulièrement l’ouverture complète des données publiques. Avec l’article 1 du projet de Loi numérique, la France pourrait instaurer «l’open data» par défaut, c’est-à-dire l’«obligation de diffuser en ligne les principaux documents et données des organismes publics». Quelles pourraient être les perspectives économiques d’une telle loi ?

Elles sont très variables suivant les études. La commission européenne avait un temps parlé de dizaines de milliards d’euros à l’échelle de l’Europe. Mais on ne parle par assez de l’impact social que cela peut avoir. Mieux comprendre le fonctionnement de sociétés humaines, c’est un moyen d’en améliorer le sort de façon importante. Par exemple comprendre les flux urbains permet de définir des transports publics plus appropriés, plus dynamiques. Savoir quelles sont les localisations des pathologies permet des politiques sanitaires plus efficaces, etc. Et c’est ce que pourrait permettre l’open data.

 

L’Open data se résume-t-il à l’ouverture des données ?

Au sens strict du terme oui. Mais cela participe probablement d’un phénomène plus vaste, qui reflète l’esprit du temps. Le fait de décloisonner le monde plus largement. Permettre de la « sérendipité », c’est à dire des chemins de traverse. Agréger des données issues d’univers différents pour créer une valeur additionnelle.

 

Le Conseil d’Etat a été chargé il y a quelques mois d’une mission sur les données d’intérêt général, en particulier sur le secteur de l’emploi et de formation. De nombreux acteurs, notamment des start-ups, réclament l’ouverture des données détenues par Pôle Emploi. Qu’en pensez-vous ?

Je me suis exprimé à plusieurs reprises à ce sujet. Pôle Emploi gère les missions qui lui sont confiées sur un modèle du XXème siècle. Il n’y a pas d’intelligence dans le système. Par exemple, il n’y a pas d’interface à même de dire « en lisant votre CV, on voit que si vous [ne] faisiez [que] 25 heures de formation en anglais, votre chance de trouver un emploi serait accrue de X %. Or c’est tout à fait faisable avec les données dont ils disposent. Même chose pour la mobilité géographique : « si vous vous déplaciez de 200 km, votre chance de trouver un emploi serait accrue de X %. Je ne parle même pas d’intégrer dans une expérience unique la recherche d’emploi avec les crédits formation. C’est de la science fiction pour eux. Mon propos n’est pas d’être excessivement corrosif ; mais plutôt de faire comprendre que les recettes du passé nous empêchent souvent d’avancer. Le « avant c’était mieux » est un travers dramatique à l’échelle d’une nation qui avait une culture de la modernité vissée en son sein.

 

Que nous apporterait l’open data en matière de lutte contre le chômage ?

L’open data ne réglera pas tout car il y a structurellement un déficit d’offre, mais cela peut beaucoup.

 

Quels sont les pays européens qui œuvrent le plus en matière d’open data sur le marché de l’emploi ? Pour quels résultats ? 

Je ne résumerai pas l’action des opérateurs à l’open data. Mais plutôt à un ensemble de pratiques dans lesquelles l’open data a fait du sens. La Grande-Bretagne, en imposant la co-existence de multiples opérateurs, a d’une certaine manière obligé le marché à un niveau de transparence bien supérieur à ce que nous connaissons. Or, la Grande-Bretagne est aujourd’hui en situation de plein-emploi. Et contrairement à une idée bien ancrée chez nous, la qualité de l’emploi n’est pas plus mauvaise qu’en France. Les “zero Hours contracts” qui sont des contrats sans indication d’heure ou de durée minimale de travail par exemple, ne représentent que 2,5% de l’ensemble des contrats de travail anglais.

 

Pôle Emploi vient de signer un partenariat avec l’organisation à but non lucratif Bayes Impact, créée par un Français installé dans la Silicon Valley. Son objectif : utiliser les algorithmes pour mieux orienter les demandeurs d’emploi. Cet accord permettra à Bayes Impact d’exploiter des jeux de données plus larges que ceux mis à disposition sur la plate-forme « développeurs » de l’Emploi store. Soutenez-vous cette initiative ?

Je connais bien Paul, c’est un garçon extraordinaire et j’ai souvent eu l’occasion d’échanger avec lui sur l’action de Pôle Emploi. Je suis heureux qu’il ait pris le taureau par les cornes et ait eu l’idée constructive d’aller voir Jean Bassères. Ce que j’évoque plus haut, ce sont des idées que nous avons souvent échangées ensemble avec Paul.