Décryptage

L'avenir des MOOCs se fera dans l'entreprise

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Les MOOCs sont de plus en plus tendance, mais surtout ils séduisent les entreprises. Certaines ont sauté le pas et l’utilisent désormais dans leur processus de recrutement.

 

Apprendre la pâtisserie, améliorer son niveau d’anglais ou suivre le cours d’un professeur d’Harvard, tranquillement installé dans son canapé ? C’est possible grâce aux Massive Open Online Course, ou MOOC. Ces cours en ligne ouverts et diffusés sur Internet en libre accès permettent à tout le monde, sans aucun pré-requis et généralement gratuitement, d’avoir accès à toutes sortes de connaissances.

Nés outre-Atlantique, les MOOCs ont débarqué en France il y a 4 ans, avec le lancement notamment de France université numérique (FUN). Elle répertorie les MOOCs proposés par les universités et les grandes écoles. D’autres plateformes se sont lancées depuis comme OpenClassrooms ou Mooc Pôle emploi.

Clément Meslin, adepte des MOOCs, a lancé avec l’un de ses associés My Mooc, une plateforme qui rassemble l’ensemble des dispositifs gratuits francophones, certains en anglais et en chinois. « Face à la profusion de MOOCs, nous voulons proposer une sorte de TripAdvisor sur lequel les Mooceurs peuvent noter et commenter les formations », explique le jeune entrepreneur.

Si le dispositif séduit tant, c’est notamment parce que les modules sont disponibles à n’importe quel moment durant la période d’ouverture du MOOC, et parce qu’il est gratuit la plupart du temps. Selon une étude Diplomeo, 77 % des jeunes de 17 à 28 ans ne seraient de toute manière pas prêts à payer pour suivre un MOOC payant.

 

Tout profil, tout secteur

Le phénomène prend tant d’ampleur que s’est déroulée en fin d’année 2016 la première édition des MOOCs of the Year, co-organisé par Google, My MOOC et le JDN. Elle récompensait tant les meilleures formations en ligne que les adeptes les plus assidus.

« Il existe deux profils de Mooceurs : des gens passionnés d’apprentissage, qui représentent environ un quart des utilisateurs, et des professionnels entre 25 et 40 ans, désireux de s’améliorer dans leur champ de compétences », précise Clément Meslin.

Car tous les secteurs peuvent faire l’objet d’un MOOC, assure Paul Farnet, cofondateur de The MOOC Agency, qui crée ces formations. « Ils peuvent s’adresser à tous les types de métiers. Par exemple, l’engouement pour le Mooc sur les techniques culinaires lancé avec l’AFPA a montré que l’on peut aussi apprendre des métiers gestuels via ce type de formation », précise-t-il.

 

Les entreprises séduites

Si son agence produit tout type de MOOC, il voit naître une tendance. « Depuis 2015, 85 % des clients de l’agence sont des entreprises, soit pour des projets transversaux soit pour des formations métier », affirme Paul Farnet.

 

 

Mieux qu’une formation en présentiel, le MOOC permet d’assurer une formation collaborative à plusieurs dizaines, voire des centaines de salariés, en simultané ou non. Chez Monoprix, un MOOC est ouvert toute l’année et permet aux nouveaux employés de se former sur un poste précis.

Orange, Total et BNP Paribas ont aussi adopté ce dispositif. Avec un double objectif : former massivement en interne sur une réglementation bancaire par exemple ou sur des techniques de vente et ancrer l’image du groupe dans la modernité des usages.

Du côté des salariés, si les MOOCs ont pu effrayer au début, ils étaient 25 % en 2016 à les utiliser contre 18 % en 2015, selon le baromètre Cegos d’avril 2016.

 

Un outil de recrutement

En dehors du strict cadre de la formation, Eurotunnel et maintenant la SNCF vont plus loin et utilisent les MOOCs pour recruter des conducteurs de train. Le principe est simple : les candidats suivent une formation via ce dispositif, qui leur permet de parfaire leurs connaissances sur l’entreprise et le poste.

« À travers leur comportement et leur implication, l’entreprise peut mieux connaître le candidat et le convoquer ou non en entretien par la suite, précise Paul Farnet. Cela permet de récupérer des données intéressantes sur le candidat, avant d’en sélectionner certains pour des entretiens de recrutement ».

Pour Clément Meslin, « ces MOOCs de recrutement vont se démarquer et gagner du terrain dans le secteur de la formation, car ils font gagner en temps et en efficacité dans le process de recrutement ».

 

Fort taux d’abandon

Reste que les MOOCs sont sujets à bien des écueils. Au premier chef d’entre eux, le taux d’abandon. Moins de 10 % des inscrits achèvent la formation. « En moyenne, les participants décrochent autour de 8 à 10 heures de formation », selon Clément Meslin.

Étant gratuit la plupart du temps, le MOOC est en effet vu comme une formation dans laquelle les participants piochent ce qui les intéresse et non pas comme une formation diplômante. « J’assume totalement qu’il y ait un fort taux d’abandon, car c’est le pendant du fait que les apprenants puissent choisir ce qu’ils vont apprendre, explique Philippe Silberzahn, professeur à l’ENM Lyon et créateur de MOOCs sur l’entrepreneuriat.

Pour pallier ce problème, de plus en plus d’institutions proposent des attestations de suivi ou des certifications, parfois payantes, pour les apprenants ayant été jusqu’au bout. Depuis cette année, la plateforme OpenClassrooms suggère même des parcours pour obtenir un titre reconnu au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).

Du côté du MIT et de Stanford, des chercheurs estiment qu’il faut donner un exercice de 10 minutes en début de session aux étudiants, afin de favoriser leur engagement. D’autres suggèrent encore de développer l’adaptive learning, ou la personnalisation de l’enseignement, à travers des exercices ou évaluations à faire en ligne, permettant à chacun de s’adapter en temps réel, selon son rythme.

 

L’importance du collaboratif

L’autre tendance est à la gamification et au développement des enjeux collaboratifs. Car en parallèle de chaque vidéo de formation, des forums permettent aux apprenants d’échanger avec l’animateur et entre eux. Chez Axa Banque, l’un des clients de My MOOC Agency, un système d’happy hours permet aux participants de se connecter ensemble à la même heure afin de multiplier l’interaction. « Dans ces cas-là, les taux d’engagement sont plus importants », assure Paul Farnet. En moyenne, 5 à 10 % des participants sont actifs sur les forums, et 50 % s’y rendent sans participer.

Enfin, les créateurs de MOOC misent de plus en plus sur des formats courts et plus interactifs. Lors du lancement de sa première formation, Philippe Silberzahn réalisait des vidéos de 15 minutes. « Désormais, je suis sur des formats de cinq minutes, ce qui permet aux apprenants d’aller piocher vraiment ce qui les intéresse », précise le professeur.

Malgré tout, les experts sont unanimes : le système du MOOC gratuit devrait péricliter avec les années et le développement de la réalité virtuelle par exemple. « Les formats pérennes seront les Spoc et le Mooc de recrutement, car ils permettent d’optimiser les coûts pour les entreprises, assure Paul Farnet. Pour perdurer et être rentables, les Moocs gratuits devront être adossés à des formations payantes, comme le fait déjà le Cnam. Le Mooc serait alors une porte d’entrée vers des contenus de spécialisation payants ».

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