Décryptage

Emploi : Grand Paris Express, grandes opportunités

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Le projet d’aménagement du Grand Paris Express va redessiner les contours de la région Île-de-France. Son impact sur l’emploi sera-t-il à la hauteur de l’investissement, évalué à 24,9 milliards d’euros ? Éléments de réponse.

 

Hors norme, le chantier a débuté en juin 2016. La construction de 68 nouvelles gares et d’un réseau de 200 km de transport public supplémentaires permettra, d’ici 2030, de réduire considérablement les temps de trajet de périphérie à périphérie.

Selon un rapport publié en 2016 par la Société du Grand Paris (SGP), la construction de ce réseau de transport, « inédit par son ampleur », engendrera la création de 15 000 emplois directs et non délocalisables par an pendant toute la durée des travaux. Les deux premiers tiers des postes créés le seront dans le secteur de la construction, le dernier tiers dans l’entretien et la réalisation de matériels roulants.

Plus globalement, la SGP précise que « ce nouveau réseau de transports favorisera des gains de productivité et contribuera à rendre le Grand Paris plus attractif sur le plan international, alors que la compétition entre les villes-monde se fait plus intense chaque année ».

 

Grand Paris Express : un net surcroît de compétitivité et d’attractivité

À plus long terme, la SGP table sur la création nette de 115 000 emplois grâce aux gains de productivité engendrés par le réseau de métro automatique en rocades du Grand Paris Express. « Le modèle du réseau de transport devrait donner un surcroît de compétitivité et d’attractivité à la région et ainsi faire venir des entreprises aujourd’hui situées en dehors de l’Île-de-France », précise Vincent Gollain, directeur du département économie à l’institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) d’Île-de-France.

D’après les estimations de la SGP, la simple construction d’une gare RER entraîne un surcroît d’attractivité de 4 à 9 % pour l’ensemble des entreprises… et de 5 à 10 % pour les entreprises à capitaux étrangers !

Selon les hypothèses établies par différents organismes économiques, dont l’IAU, le taux de croissance en Île-de-France, aujourd’hui de 0,5 %, devrait croître de 0,1 % supplémentaire avec le Grand Paris. Un chiffre en progression, mais qui resterait encore en dessous de la croissance du Grand Londres par exemple (0,8 %).

« Ces chiffres ne sont cohérents que si des acteurs comme l’État et la région, mettent en place des dispositifs d’accompagnement à la compétitivité, précise Vincent Gollain. Car le Grand Paris Express, s’il est une condition de la productivité des entreprises, n’est pas suffisant à lui seul ».

 

Faciliter l’insertion professionnelle à l’occasion des travaux du Grand Paris Express

Afin de permettre une meilleure insertion professionnelle, le gestionnaire a intégré des clauses d’insertion dans ses marchés. Elles stipulent que des heures de travail (en général 5 %) sont réservées à des personnes éloignées de l’emploi (allocataires du RSA ou personnes en difficulté d’insertion professionnelle). Dans le cas de la ligne 15 Sud par exemple, ces heures d’insertion représentent près de 1,3 million d’heures, soit l’équivalent de 700 emplois à temps plein.

Dans cette optique, la SGP a annoncé la création en 2017 de l’Académie du Grand Paris. Son objectif ? Répondre aux besoins humains et techniques générés par le chantier, en formant les jeunes non diplômés ou les demandeurs d’emploi de longue durée. « Nous voulons conjuguer l’insertion et la formation pour un accès durable à l’emploi des personnes qui travailleront à la réalisation du Grand Paris Express », indique Philippe Yvin, président du directoire de la SGP. Parallèlement, un guichet unique pour les offres d’emploi liées à la construction du Grand Paris a vu le jour en 2015 : le Grand Paris Emploi, disponible sur le site de Pôle emploi.

 

Favoriser la diversité des pôles économiques de la région Île-de-France

L’Île-de-France se caractérise par une multiplicité de pôles économiques plus ou moins spécialisés. L’un des enjeux du Grand Paris est de conserver cette diversité et de permettre à la région de rayonner davantage. « L’enjeu du Grand Paris Express n’est pas de mettre à mal l’emploi dans Paris, mais bien de renforcer l’attrait de la capitale sur la proche et la grande couronne, en créant des moteurs d’attractivité différents », précise Philippe Yvin.

Le secteur de La Défense dispose d’une notoriété internationale et se positionne comme un recours possible aux acteurs de la City tentés de quitter le Royaume-Uni à la suite du Brexit. Parallèlement, le cluster scientifique et technologique de Saclay devrait attirer de grands groupes IT et des start-ups technologiques, grâce à la mise à disposition d’équipements adaptés (calculateurs notamment).

En Seine-Saint-Denis, outre le campus Condorcet, des entreprises issues de l’univers digital seraient intéressées par la proximité de la capitale et par un marché immobilier plus accessible qu’au centre de Paris.

Le pôle Roissy Charles de Gaulle serait, lui, propice aux activités tournées vers l’international, de type salons ou congrès, mais aussi à des fonctions plus commerciales et marketing. « Comme à Francfort, certaines entreprises font venir leurs clients de toute l’Europe, pour une journée, directement sur des showrooms à proximité de l’aéroport afin de mettre en avant leurs projets et leurs propositions », précise Vincent Gollain.

La Cité Descartes de Marne-la-Vallée, quant à elle, envisage déjà son avenir comme le 1er pôle de recherche et d’enseignement de la région. Enfin, la vallée de Seine, entre La Défense et le Havre, parie sur la création d’une supply chain entre les groupes industriels.

De belles perspectives donc pour la région, qui représente d’ores et déjà 30 % de la richesse nationale et 4 % du PIB de l’Union européenne.

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