Métiers non-pourvus : qui dit quoi ?

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09 Fév 2016

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Emploi

Responsables politiques ou syndicaux, économistes, experts… Ils sont nombreux à s’emparer de la question des emplois non-pourvus dans le débat public sur les causes du chômage.
Depuis plusieurs années, chacun y va de son calcul lorsqu’il s’agit de quantifier le nombre d’emplois ne trouvant pas preneur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les estimations varient du simple au double ! Alors qui dit vrai ?
Pour ne pas rajouter un énième chiffre au débat, et semer davantage de confusion, nous ne nous risquerons à aucune estimation.
Nous proposons en revanche des éléments de réponse pour mieux comprendre les concepts que cachent ces différents chiffres. Car tous les emplois vacants ne sont pas non-pourvus, et encore moins pénuriques.

 

200 000, 300 000, 400 000 ou bien 500 000 ? Il semble bien complexe de quantifier le nombre d’emplois non-pourvus sur le marché du travail français. Et pour cause, il n’existe aucune méthodologie statistique partagée par tous.

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Une technique revient malgré tout souvent sur le devant de la scène. Comme Pôle emploi accueille environ un tiers des propositions d’embauche françaises, on triple tout simplement le volume de celles qui ne sont pas pourvues. Le résultat est hasardeux : Pôle emploi recevant les offres les plus difficiles, rien ne permet d’extrapoler à partir de cette source. C’est pourtant ce chiffre qui est régulièrement retenu pour quantifier ces métiers non-pourvus. Mais au fait, c’est quoi un emploi non-pourvus ?

 

Emplois vacants Vs Emplois non-pourvus Vs Métiers pénuriques

Commençons d’abord par la notion d’emplois vacants. Un tel emploi peut être occupé au moment où il est recensé : ce n’est pas encore un poste non-pourvu mais parfois, simplement, un poste qui est sur le point de se libérer. En réalité, les emplois vacants répondent à une définition précise, commune à l’ensemble des pays de l’Union européenne. Il s’agit de « tous les postes à pourvoir à un moment donné, y compris ceux qui sont à pourvoir depuis quelques jours, ainsi que des postes qui ne sont pas encore disponibles mais pour lesquels des recherches sont en cours ou envisagées ».

En effet, il existe souvent une césure entre le moment où un poste se libère et celui où un nouveau salarié vient l’occuper. L’intensité des démarches menées par les entreprises pour recruter étant très variable, la période de vacance peut se prolonger plus ou moins, et ce même s’il existe des candidats. Les emplois vacants ne disent donc rien des difficultés de recrutement. Pour les estimer, il faut se tourner vers la notion d’emplois non pourvus, ces offres d’emploi qui ont été retirées sans donner lieu à un recrutement.

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Or, ces offres non pourvues ne correspondent à aucun concept précis. Rien ne pouvant en effet expliquer la raison de ce retrait. De ce fait, aucune donnée statistique ne peut réellement les mesurer. Selon que cette notion désigne des offres pour lesquelles le recrutement a été difficile durant plus de trois mois, ou bien des offres retirées faute de candidat, les chiffres divergent une nouvelle fois. De plus si certains postes sont non-pourvus, c’est aussi en raison de la qualité des emplois proposés : horaires atypiques, salaires, conditions de travail, éloignement géographique… Le déficit d’image dont souffrent certains secteurs, tout comme les exigences des employeurs sont également autant de raisons qui peuvent expliquer le fait qu’un emploi ne trouve pas preneur.

Enfin, regardons la notion d’emplois en tension. Ces emplois, également dits pénuriques, concernent les métiers pour lesquels la demande exprimée par les employeurs est supérieure à l’offre de travail des candidats. Cette dernière définition semble bien plus concrète et souligne une véritable problématique de marché. En effet, la question des emplois en tension illustre le paradoxe du marché du travail français : malgré un chômage de masse, les entreprises ratent tous les jours des occasions de créer des emplois faute de trouver sur le marché les bonnes compétences disponibles au bon moment, au bon endroit.

Si ce phénomène concerne tous les secteurs économiques, et à tous les niveaux de qualification, l’industrie est sans aucun doute la plus touchée : métallurgie (soudeurs, chaudronniers et tuyauteurs par exemple), mécanique (tourneurs-fraiseurs, robinetiers), ou aéronautique (ajusteurs-cellule, techniciens sur machines de découpe jet d’eau).

Former les candidats, qu’ils soient étudiants ou chômeurs, sur ces métiers en tension, et favoriser les mobilités entre les bassins d’emplois sont sans aucun doute les réponses les plus adaptées pour permettre au marché du travail français de répondre précisément aux besoins en compétences des entreprises et ainsi créer des emplois.

 

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