« Les salariés sont de moins en moins enclins à sacrifier leur vie privée »

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18 Nov 2014

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Emploi
Portrait
Mickaël Hoffmann-Hervé
Président HR Consultancy Partners

Mickaël Hoffmann-Hervé, Président de HR Consultancy Partners et Directeur général délégué en charge des ressources humaines du groupe Randstad France, revient pour re.sources sur les conditions d’un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle… 

Selon l’étude Randstad Awards 2014 sur la marque employeur, les français placent l’environnement de travail désagréable (60%) en tête des facteurs susceptibles de menacer leur équilibre vie privée et vie professionnelle. Comment peut-on expliquer ce résultat ?

Ce résultat est symptomatique de l’évolution de la société française. Il démontre que les employés portent des attentes de plus en plus fortes vis-à-vis de leurs employeurs. Il faut avoir en tête qu’un salarié français passe en moyenne un tiers de sa vie à travailler. Ce n’est pas anodin. L’expression « comme un lundi », réponse traditionnelle utilisée par les salariés le lundi matin en arrivant au travail quand leurs collègues leur demande comment ils vont, résume bien la place que peut prendre le travail dans notre vie. Un salarié évoluant dans un environnement de travail désagréable tout au long de la semaine (que ce soit un environnement économique dégradé, des relations difficiles avec ses collègues ou des conditions de travail pénibles), verra inévitablement sa vie privée affectée. Difficultés pour trouver le sommeil, irritabilité avec ses proches, maladies psychosomatiques sont autant de symptômes qui peuvent être révélateurs d’un mal être au travail. C’est cet effet contaminant du travail sur la vie privée que les français mettent en avant en plaçant l’environnement de travail désagréable en tête des facteurs susceptibles de menacer leur équilibre personnel.

 

Pourquoi  l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée est-il devenu un tel enjeu pour les salariés ?

On assiste aujourd’hui à une montée des exigences des salariés vers une meilleure qualité de vie au travail, et pour eux, la perception de cette qualité comporte cette dimension d’équilibre des temps professionnels et privés. Favoriser cet équilibre au sein des entreprises devient nécessaire d’autant plus que la jeune génération aspire encore plus que la précédente à une meilleure conciliation entre ces deux sphères. Par le passé, une bonne réussite professionnelle induisait une bonne réussite sociale et privée. Aujourd’hui, ce paradigme a changé. Les salariés sont de moins en moins enclins à  sacrifier leur vie privée au profit de leur vie professionnelle.  Cette décorrélation, qui a débuté à la fin des années 1990, s’explique par une dégradation générale de l’image des entreprises. Confrontées à la mondialisation, aux crises économiques et sociales, à la montée du chômage, les employeurs n’ont pas toujours tenu leurs promesses. Les salariés, en première ligne face à ces bouleversements, ont pu en concevoir une certaine amertume, pour ne pas dire une désillusion. Lentement mais sûrement, l’écart entre le discours de l’entreprise et la réalité s’est accentué. Là où l’expression « faire carrière » au sein d’une même entreprise prenait tout son sens il y a 15 ans, le monde d’aujourd’hui ne le permet plus.

 

Comment les entreprises peuvent-elles répondre aux nouvelles attentes des salariés en matière d’équilibre vie privée et vie professionnelle ?

Il existe un grand nombre de possibilités, notamment technologiques, pour les entreprises d’y répondre : aménagements des horaires, télétravail, crèches et conciergeries d’entreprise… Mais je crois qu’il faut aussi investir massivement dans la qualité du management pour permettre aux collaborateurs de s’épanouir dans et en dehors de l’entreprise. Il y a une très forte attente des salariés vis-à-vis de leurs managers. Un salarié dont les besoins sont compris par son manager, rentrera chez lui le soir avec moins de pression. Il faut donc aider les managers à acquérir un niveau de maturité supplémentaire pour leur permettre d’accompagner au mieux leurs équipes. Enfin, l’accompagnement de la mobilité professionnelle doit être une des priorités des Directions des Ressources Humaines. Les salariés ont une très bonne perception de leurs compétences. Un collaborateur en pleine possession des compétences nécessaires pour assurer une mission qui lui sera confiée développera de la confiance dans son travail.  Tous ces points rejoignent la notion de « confort du salarié », qui est primordiale selon moi pour assurer une meilleure qualité de vie au travail, et par ricochet un bon équilibre entre vie privée et leur vie professionnelle. 

 

 

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