Les différences de salaire hommes / femmes en Europe

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04 Avr 2014

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société

Publié le 14 avril dernier, le rapport annuel de la Commission européenne sur l’égalité entre les femmes et les hommes estime qu’il faudra attendre 70 ans avant que l’égalité salariale ne devienne une réalité en Europe.
Mais malgré quelques progrès, l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes « continue de stagner à 16,4% au niveau européen », déplore la commission.
Aline Crépin, directrice de la RSE du Groupe Randstad France, analyse pour re.sources le plafond de verre européen.

 

En Europe, les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes sont très hétérogènes : de 5,9 % en Slovénie jusqu’à 30 % en Estonie. Cela surprend peu compte tenu des différences de modèle au sein de l’Union. En revanche, certains résultats interpellent. C’est le cas de l’Allemagne notamment qui, sur ce sujet, ne fait pas figure d’exemple. Comment l’expliquez-vous ?

Comme le calcul ne tient pas compte des temps effectifs de travail, et mêle à la fois temps complets et temps partiels, la forte proportion de femmes à temps partiel en Allemagne (45 % en 2011) pèse dans la balance. Cet état de fait est dû notamment à un manque structurel d’organismes spécialisés dans la garde d’enfant. Les Allemandes ont donc tendance à réduire leur temps de travail pour s’occuper de leurs enfants et leur rémunération s’en ressent. Le modèle traditionnel des « trois K », Kinder, Kürche und Kirche (« enfants, cuisine et église ») reste dans une certaine mesure d’actualité outre-Rhin.

En matière d’égalité salariale, les bons élèves ne sont pas les pays nordiques, comme on aurait pu le penser, mais l’Italie et la Pologne. Pour quelles raisons ces pays se distinguent-ils de la sorte ? 

Pour des raisons différentes à mon avis. En Pologne, ancien pays du bloc soviétique, les femmes travaillent de façon historique autant que les hommes, avec peu de différences dans les rémunérations en raison du strict égalitarisme qui a longtemps prévalu. Pourtant, même si le taux de temps partiel des Polonaises est faible – moins de 10 % en 2011 –, il reste deux fois plus élevé que celui des hommes.  En Italie en revanche, le chiffre surprend, mais il est peut-être à rapprocher du faible taux d’emploi des mères d’un enfant et plus. Dans la péninsule d’ailleurs,  moins d’une femme sur deux travaille. Faire garder son enfant à l’extérieur est encore culturellement difficile à assumer pour les Italiennes. Et puis, en Italie, les femmes travaillent beaucoup moins à temps partiel (30 % en 2011) qu’elles ne le font en Allemagne par exemple.

Avec un écart de 14,8 %, la France se classe dans la moyenne européenne. Quelles mesures les pouvoirs publics et les entreprises peuvent-ils prendre pour atteindre l’égalité salariale ?   

Le gouvernement français vient de lancer un plan Mixité des métiers qui devrait permettre d’atteindre un tiers de métiers mixtes (à comparer avec 12 % actuellement). C’est un levier important, qui vient s’ajouter à deux outils majeurs : l’obligation de réaliser un rapport de situation comparée entre les femmes et les hommes pour toutes les entreprises de plus de 50 salariés qui permet aux entreprises de prendre conscience des écarts existants. Et l’obligation de négocier un accord ou de rédiger un plan d’action sur l’égalité professionnelle. Dans le cadre de ces mesures, les entreprises doivent s’interroger sur la composition de leur management et favoriser la mixité à tous les échelons de l’entreprise : un travail de fond sur l’accès des femmes aux postes à responsabilité permettra de réduire les écarts moyens.

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