Le reverse mentoring renforce l’engagement des salariés

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11 Avr 2019

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Digital

D’ici à 2025, les millennials représenteront 75% de la population active, selon l’Insee. Loin d’y voir un frein, les entreprises réfléchissent à la manière d’en tirer profit et de les fidéliser afin d’exploiter pleinement leurs compétences notamment digitales. Elles sont ainsi de plus en plus nombreuses à se tourner vers le reverse mentoring, cette pratique qui consiste à former les plus âgés au numérique grâce aux jeunes générations. Tour d’horizon des atouts de cette méthode.

Loin de venir concurrencer le parcours de formation continue historique de l’entreprise, le reverse mentoring se développe en parallèle et touche avant tout à l’acculturation digitale. Il a pour but  de sensibiliser le top management aux sujets digitaux et leur permettre d’en comprendre les enjeux afin d’accompagner la transformation du groupe. Ce dispositif permet de créer de la transversalité entre les salariés et de casser les silos, car mentors et mentorés ne se connaissent pas et ne travaillent souvent pas dans les mêmes entités du groupe. De quoi améliorer la communication dans l’entreprise et faire évoluer la posture des managers.

Beaucoup de grands groupes, notamment du CAC 40, ont lancé des initiatives dans ce sens (BNP Paribas, EDF, Total…), tous secteurs confondus, du luxe à l’industrie lourde en passant par les banques ou les équipementiers automobiles. Chez BNP Paribas Personal Finance, depuis septembre 2017, 110 seniors managers ont bénéficié du reverse mentoring sur les 200 que compte le groupe. « Ce dispositif permet une émulation au niveau de l’entreprise et permet le développement d’autres projets en parallèle liés au digital, comme la définition d’une stratégie de porte-parolat sur les réseaux sociaux », assure Christian Yombe, Project manager Digital Transformation & Change Management.

Au cœur de la stratégie digitale

Les PME, elles, sont encore réticentes à utiliser le reverse mentoring pour des raisons de coûts et aussi parce qu’il est difficile de mettre cette méthode en place dans une entreprise où tout le monde se connaît. « L’objectif du reverse mentoring est de créer du lien intergénérationnel et de faire évoluer le digital dans l’entreprise » souligne Célisiane Rosius, consultante en transformation digitale.

Pour Loic Perrin, Associé chez Change Factory, le reverse mentoring  est au cœur de la stratégie des entreprises et doit être mûrement réfléchi et anticipé. Selon lui, il doit intervenir lorsque l’entreprise est en cours de transformation digitale. « De grands groupes comme des PME en sont encore au stade des balbutiements, car le processus de reverse mentoring est très exposé. Si jamais il échoue, cela a un impact fort sur l’entreprise, car les mentorés font partie des dirigeants et du sommet de la pyramide ».

Une formation obligatoire aux soft skills

Face aux enjeux du reverse mentoring, la plupart des groupes vérifient évidemment les compétences techniques des mentors. Mais ils se concentrent surtout sur leurs compétences humaines, les soft skills, en les formant. « Le reverse mentoring bouleverse l’ordre des entreprises, assure Célisiane Rosius. Ce type de formations permet de rassurer tout le monde, du top management aux mentors eux-mêmes, qui comprennent par exemple qu’ils ont le droit de ne pas tout savoir ».

Car être mentor n’est pas une fonction anodine selon Loic Perrin. Si 77% des millennials pensent être disposés à  devenir mentors pour les plus âgés et les moins expérimentés sur le plan technologique selon Change Factory, la formation est nécessaire. Les mentors réalisent en effet qu’ils sont exposés, qu’ils prennent des risques à s’engager dans du reverse mentoring et il est nécessaire de leur fournir les clés pour la réussite du projet, qui peut avoir un impact positif sur leur carrière.

La formation dispensée par Change Factory par exemple dure 25 heures et porte sur des soft skills, du management, du leadership, mais aussi de la pédagogie. « Être à l’aise sur Twitter et expliquer Twitter, ce n’est pas la même chose, assure Loic Perrin. Il faut toujours parler du pourquoi avant du comment ».  Sont alors évoqués des sujets comme l’intelligence artificielle, LinkedIn, la réalité virtuelle ou encore la confiance.

Un tremplin pour la carrière

« Au fond, je crois que le mentor tire autant de bénéfices que le mentoré à l’issue du reverse mentoring, affirme Célisiane Rosius. Si ce n’est plus… » Grâce à ce dispositif qui dure en moyenne six mois, le mentor valorise ses savoirs autres que ceux inculqués durant ses études et ses expériences professionnelles, comme les soft skills. Il élargit aussi son réseau et collabore avec des personnes qu’il ne connaissait pas, mais surtout qu’il n’aurait jamais pu atteindre.

« Le reverse mentoring provoque une accélération de carrière chez les mentors » constate Loic Perrin. Une affirmation confirmée par Christian Yombe, lui-même ancien mentor au service presse qui a été recruté par son quatrième mentoré, responsable du service RH. Chez les mentorés, le dispositif impacte la prise de décision et de risque sur le plan du digital. Il ouvre des possibles. Chez BNP Paribas Personal Finance, les mentorés passent un test digital à l’entrée du dispositif et à sa sortie pour évaluer leur évolution. Le groupe industrialise même le processus et propose une application pour manager ce programme et s’appuie sur un matching effectué grâce à un algorithme. De quoi inspirer le reste du groupe BNP Paribas.

Des salariés plus engagés

Le reverse mentoring impacte donc directement l’engagement des salariés et devient un vecteur très différenciant. L’idée est de fédérer une communauté des mentors autour des sujets digitaux.

Christian Yombe et son équipe animent la communauté de mentors de BNP Paribas Personal Finance, constituée de personnes de la même tranche d’âge (moins de 40 ans), de même profil et ayant des centres d’intérêt communs. Un outil interne a été développé pour leur permettre de communiquer et des afterworks thématiques autour de sujets comme l’e-sport ou Snapchat sont organisés. Une initiative payante selon Célisiane Rosius : « De plus en plus, les entreprises voient dans le process de reverse mentoring l’occasion de fidéliser, chouchouter et valoriser les jeunes talents, et donc de les garder plus longtemps dans le groupe ».

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