De la cravate au jean, quelles réalités recouvre l’abolition du dress code en entreprise ?

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15 Nov 2018

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Les nouvelles générations demandent toujours plus de flexibilité au travail. Après les horaires, le lieu de travail ou encore les espaces modulables dans l’entreprise, c’est la tenue vestimentaire qui est désormais dans le viseur des plus jeunes, avec à la clé selon certains le gage d’une plus forte productivité au travail.

Sous l’impulsion de grands patrons, comme Mark Zuckerberg chez Facebook, Steve Jobs chez Apple ou encore Jacques-Antoine Granjon chez Vente privée, de plus en plus d’entreprises et d’institutions abandonnent un dress code strict pour leurs salariés et leur management. Le costume a laissé place au t-shirt et au jean et les baskets ont remplacé les chaussures de ville.

Et pour cause, selon Serge Carreira, maître de conférences à Sciences Po Paris et spécialiste du luxe et de la mode : « les entreprises, notamment les plus grandes organisations, sont aussi les garantes de l’épanouissement de leur personnel. Afin d’éviter une source de friction, elles peuvent offrir une plus grande liberté à leurs employés ».

Depuis un peu plus d’un an, c’est le cas de PwC, qui joue les précurseurs dans un secteur pourtant très codifié, celui des métiers de l’audit et du conseil. L’entreprise suggère à ses salariés de s’habiller conformément à leurs journées. En cas de rendez-vous client, ils doivent s’adapter aux codes de ce dernier. Le reste du temps, dans les locaux de l’entreprise, la direction des ressources humaines leur laisse une certaine liberté.

Sous l’impulsion des Millenials

« La latitude laissée aux salariés sur le plan vestimentaire trouve son origine dans le besoin ressenti par les jeunes générations d’une plus grande flexibilité, assure Valérie Vezinhet, directrice des ressources humaines chez PwC. Les millenials, qui représentent plus de 70% de notre effectif, apprécient beaucoup cette flexibilité, qui s’est par ailleurs diffusée largement auprès des collaborateurs plus expérimentés ». L’entreprise compte dans ses effectifs plus de 500 stagiaires et apprentis et recrute chaque année plus de 600 jeunes diplômés.

L’entreprise fait appel au bon sens de chacun pour éviter de tomber dans un laxisme démesuré. « Les salariés sont eux-mêmes juges de leurs tenues du jour, en fonction de leur occupation, soit dans nos locaux, soit chez les clients ou partenaires », souligne la DRH, qui assure ne pas avoir constaté de faux pas.

Adieu la cravate ?

Les codes se sont assouplis. Même dans les rangs de l’Assemblée nationale, depuis juillet 2017, le port de la cravate et de la veste n’est plus obligatoire, même si la tenue des députés « doit rester neutre et s’apparenter à une tenue de ville. »

Malgré tout, tempère Serge Carreira, « le costume et la cravate sont considérés dans certains secteurs comme un gage de sérieux, de crédibilité, de confiance et un signe de respect pour les clients. Dans la sphère de la politique ou de l’administration, il s’agit d’une sorte d’uniforme qui permet d’incarner une fonction ». De même, selon la culture de l’entreprise, la cravate reste souvent la bienvenue en entretien d’embauche.

Style décontracté, productivité assurée ?

En instaurant plus de liberté dans les tenues vestimentaires, certains analystes estiment que les entreprises s’assurent une certaine quiétude et donc un engagement des salariés plus important. Peu d’études scientifiques montrent un lien entre code vestimentaire et productivité. Mais il existe plusieurs sondages menés dans différents pays et auprès de salariés comme de managers qui vont dans ce sens.

Au Royaume-Uni par exemple, 61% des salariés disent être plus productifs dans leur entreprise lorsqu’un code vestimentaire décontracté est autorisé. Une autre étude menée aux États-Unis donne des résultats similaires : 64% des employés se disent plus productifs lorsqu’ils sont habillés de façon décontractée.

PWC note, dans son enquête annuelle sur l’environnement de travail, que le taux d’engagement a progressé depuis l’abolition d’un dress code strict. Si les millenials ont rapidement montré leur satisfaction fasse à cette mesure, les employés plus âgés approuvent largement.

Même dans le management désormais, le jean et les baskets sont les bienvenus. « La flexibilité vestimentaire crée plus de proximité entre juniors et salariés expérimentés, assure la DRH de PWC, ce qui a aussi un impact positif en termes de collectif, de convivialité et de moindre distanciation ».

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