Décryptage

Chief Digital Officers et Chief Data Officers, hérauts de la transformation digitale des entreprises

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Accompagner et accélérer l’adaptation des entreprises aux défis de l’économie numérique. Tel est le rôle des Chief Digital et Chief Data Officers. Coup de projecteur sur ces 2 fonctions nouvelles mais néanmoins essentielles.

 

Richard Benjamins chez AXA, Maud Bailly chez AccorHotels, Barthélémy Longeville chez Vallourec… les entreprises françaises continuent de désigner un responsable transverse de leur transformation digitale. Et cette vague ne s’arrête pas aux portes des grands groupes ! Ainsi, selon la dernière édition du baromètre des CDO, 38 % des ETI françaises interrogées auraient déjà créé la fonction de Chief Digital Officer. En parallèle, une nouveau métier se fait jour, celui de Chief Data Officer. Tentons d’y voir plus clair dans le rôle respectif de ces nouveaux hérauts de la révolution numérique.

 

Un maître-mot : transversalité

La révolution digitale et son corollaire, l’essor de la donnée, irriguent l’ensemble des fonctions de l’entreprise. Tout naturellement, Chief Digital et Chief Data Officers doivent donc fédérer l’intégralité des fonctions d’une organisation. Cela nécessite donc, dans les 2 cas, une implication globale.

 

 

Selon Vincent Ducrey, cofondateur du think tank digital Hub Institute, « les 2 CDO sont complémentaires dans leur périmètre d’action et leur expertise ». Toutefois, le périmètre du Chief Digital Officer est plus large. Véritable chef d’orchestre, ce dernier est naturellement impliqué dans la transformation digitale de l’ensemble des départements de l’entreprise. Ainsi, le Chief Digital Officer doit à la fois :

  • imaginer des modèles économiques adaptés aux nouveaux usages numériques,
  • s’assurer de leur mise en oeuvre en interne,
  • sublimer l’expérience client en réinventant la relation à la marque.

« Il y a encore 3 ans, nos clients nous demandaient quels seraient les impacts du numérique sur leur secteur, explique également Anselme Jalon, Deputy director chez Fabernovel Institute. Aujourd’hui, ils se concentrent sur le déploiement de leur feuille de route digitale. Grâce aux Chief Digital Officers, on est passé du « why » au « how » ».

 

Data-driven : une exigence autant qu’une chance pour l’entreprise

Tout aussi transversale mais davantage spécialisée, la fonction de Chief Data Officer vise, quant à elle, à optimiser la gestion de la donnée à la disposition de l’entreprise. « Sa mission porte principalement sur la gouvernance associée à la data : collecte, valorisation, protection », assure Vincent Ducrey.

Son 1er chantier ? Instaurer une culture de la donnée au sein de l’entreprise. Autrement dit : faire prendre conscience de sa valeur par tous. Car, comme l’a anticipé Clive Humby dès 2006, la donnée a toutes les chances de devenir « le pétrole du XXIe siècle ». Savoir la valoriser constituera ainsi l’un des principaux gisements de performance des entreprises dans les prochaines décennies.

On comprend dès lors que, selon le cabinet Gartner, 90 % des entreprises auront nommé un spécialiste Data d’ici 2019. D’après Forrester, Chief Data Officer serait même l’un des métiers numériques les plus cotés. « Avec la croissance exponentielle des données web et l’explosion du nombre d’objets connectés, il va devoir collecter et analyser des milliards de données », précise Vincent Ducrey.

 

Chief Digital Officer, un avenir en pointillés ?

Pour de nombreux observateurs, la fonction de Chief Data Officer aurait plus d’avenir que celle de Chief Digital Officer. En effet, quel rôle envisager pour ce dernier, à mesure que la transformation digitale aura marqué de son empreinte l’ensemble des départements de son entreprise ? Par essence, la révolution digitale ne peut avoir de caractère pérenne. Par conséquent, son héraut non plus.

Comme le souligne Anselme Jalon, « La transformation numérique ne sera jamais terminée en tant que telle, car le monde d’aujourd’hui et de demain est constitué de perpétuels changements. Mais le rôle de Chief Digital Officer correspond, lui, à une fonction éphémère. »

 

 

Chief Digital Officers, hérauts ou héros ?

Chief Digital Officer, le job le plus dur du monde ? On pourrait être tenté de le croire. En atteste d’ailleurs le renouvellement récent de nombre de CDO parmi les entreprises du CAC 40 (AccorHotels, Danone, Renault, AXA).

L’expérience montre que la fonction de Chief Digital Officer est confrontée à un environnement particulièrement complexe. « Clairement, le rôle de Chief Digital Officer n’est pas facile. Sa réussite dépend pour beaucoup de la place qu’il occupe dans l’entreprise, assure Anselme Jalon. Sa tâche est évidemment plus simple si le CDO fait partie du COMEX et dispose d’un budget propre ». Or, en 2016, seuls 48 % des Chief Digital Officers étaient rattachés au président ou au Directeur général, selon le baromètre des CDO de Viséo.

 

Piloter la révolution digitale : une course d’obstacles

Par la transversalité de ses responsabilités, le métier de Chief Digital Officer peut occasionner d’importantes réticences en interne, la culture de l’entreprise ne se prêtant pas toujours aux évolutions proposées. Certains CDO ayant quitté leur poste ont ainsi fait part de leurs difficultés à engager dans la profondeur une transformation numérique de leur société. Comme l’a souligné un jour Michael Aidan, ex. CDO de Danone : « La transformation digitale ne se décrète pas ».

Il n’est pas rare par exemple de voir un CDO confronté à la mise en place de politiques digitales dissidentes et concurrentes au sein des directions métier. « Avant d’être technologique, la transformation numérique est avant tout humaine, rappelle Anselme Jalon. Et le principal point d’achoppement dans les entreprises est avant tout culturel, surtout au niveau du middle management ».

 

 

De son côté, le Chief Data Officer doit faire face à la crainte exprimée par certains, de voir les équilibres organisationnels perturbés entre le marketing, la stratégie et les technologies de l’information. Un autre frein porte sur la difficulté de converger vers une architecture de données unifiée.

Pour Vincent Ducrey, la transformation digitale impose donc de faire évoluer toute l’entreprise. « Plus elle s’accélère, plus les RH vont devoir se mobiliser, que ce soit pour recruter les nouveaux profils, pour rassurer et faire monter en compétences les équipes (hard skills), pour diffuser une culture interne digitale (soft skills) ».

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