Décryptage

5 graphiques pour explorer le concept du « blurring »

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Alors que le travail prend une place toujours plus importante dans notre existence, un concept nouveau appelé « blurring » se répand de plus en plus et bouleverse l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
Issu du verbe anglais «to blur», signifiant «brouiller», «rendre flou», ce mot décrit un phénomène qui envahit le monde du travail : la suppression de la limite entre sphère professionnelle et privée.
Les outils technologiques de communication (Smartphone, tablettes…) permettent aux employés de rester connectés à leur travail, principalement via les mails. La « surconnexion » ou « hyperconnexion » est la source-même du concept de blurring.
re.sources explore le « blurring » en 5 graphiques.

 

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Les courbes de taux d’équipement le démontrent année après année : les français sont de plus en plus connectés. Le numérique connait un essor fulgurant. Seulement 20 ans après la commercialisation du premier téléphone portable, 89 % des français sont équipés en téléphone mobile, dont 46% d’entre eux en smartphone. Au-delà de révolutionner notre quotidien, internet nous a fait entrer dans une ère de l’instantanéité. Etre connecté partout et à toute heure est devenu la norme pour une grande partie de la population française. Le terme d’ « hyperconnectivité » prend alors tout son sens.

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Les nouveaux usages liés au numérique ont d’importants impacts sur la vie privée et la vie professionnelle. Le phénomène BYOD (Bring Your Own Device, ou « Apportez votre appareil personnel ») par exemple, selon lequel le salarié consulte des informations professionnelles depuis son portable personnel, explose. Entre 2012 et 2013, l’utilisation de smartphones personnels pour des besoins professionnels a doublé, passant de 21% à 41 %. Les chiffres concernant les ordinateurs portables indiquent la même tendance en matière d’usage. De même, nous assistons à un phénomène inverse qui voit de plus en plus de salariés se connecter à leurs réseaux sociaux personnels (Facebook, Instagram…) via leurs mobiles et ordinateurs professionnels. La frontière entre privé et professionnel est donc en passe d’être révolue.

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Dans ce contexte où les notions de vie privée et vie professionnelle fusionnent, il ressort que les appareils mobiles sont principalement utilisés pour la consultation et l’envoi d’e-mails. C’est également le canal d’échange le plus fréquent, avec 93% des échanges avec les clients et 76% des échanges entre collègues. Au total, une étude de la société américaine Domo révèle que 100 milliards de courriers électroniques sont envoyés chaque jour, soit 3,4 millions à la seconde. Le nombre d’e-mails envoyés a ainsi augmenté de plus de 21% en trois ans! Cette utilisation intensive peut avoir un effet néfaste sur les salariés qui sont interrompus au moins toutes les dix minutes pour 43% d’entre eux, selon le Créfac.

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L’étude Workmonitor publiée par le groupe Randstad France un juin 2015 s’est intéressée à l’impact du travail sur la vie privée, en particulier durant les périodes de congés. L’étude révèle ainsi que plus de 4 salariés français sur 10 (43 %) estiment devoir rester joignables par téléphone et e-mail pendant leurs congés. Ce chiffre situe les travailleurs français très légèrement en dessous de la moyenne internationale (47 %). Un tiers des salariés français interrogés (37 %) déclarent quant à eux être connectés durant les congés car ils aiment rester impliquer dans leur travail et suivre à distance les dossiers en cours. En dehors des périodes de congés, 46 % des salariés français disent répondre immédiatement aux emails en dehors de leurs heures de bureau. Enfin, près d’un salarié français sur deux (49 %) estime que son employeur attend qu’il soit disponible en dehors de son temps de travail.

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Un schéma réalisé par l’agence marketing MRY établi une comparaison entre une journée de travail type de la génération X (nées entre 1965 et 1980) et celle des générations Y et Z (nées après 1980), en distinguant le temps consacré au travail de celui personnel. Alors qu’un salarié de la génération X se concentrerait entièrement à son travail entre 09 heures et 17 heures et s’accorderait une pause le midi avant de « déconnecter » avec son travail, un salarié Y ou Z, lui, allierait travail et vie personnelle tout au long de la journée et même de la soirée ! Ce schéma illustre le nouveau paradigme qui est en train de s’installer chez les jeunes actifs, qui de par leur rapport à la technologie et au travail, font voler en éclats la frontière entre vie privée et vie professionnelle. Le concept de « Blurring » n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui.

Il devient aujourd’hui nécessaire de s’interroger sur les risques qu’entraîne le « blurring » sur le bien-être des salariés. Certains sociologues estiment que ce phénomène va s’accentuer dans les prochaines années et que le vrai enjeu est l’adaptation des nouvelles générations à l’omniprésence de la technologie et à l’exigence d’instantanéité. D’autres appellent au droit ou devoir de déconnexion, même si l’idée reste assez conceptuelle à l’heure actuelle, puisqu’aucune loi n’existe à ce sujet. Un rapport remis par Bruno Mettling, Directeur général adjoint d’Orange, chargé des ressources humaines, à la Ministre du travail le 15 septembre dernier, avance des pistes dans ce sens. Mais plutôt que du côté légal, la solution se trouve sûrement du côté des entreprises, qui pour certaines d’entre elles, font des efforts en ce sens, en imposant par exemple des horaires de déconnexion. C’est le cas chez Areva, qui interdit l’accès aux mails après 18 heures. EDF, la Société générale et le groupe Casino conseillent quant à eux de « préférer le face à face au mail ». Par ailleurs, chez Canon France, une journée sans mail est organisée tous les trois mois pour favoriser les échanges physiques. Ces actions de prévention visent notamment à éviter le burn-out, mais aussi le stress, l’addiction au mail, et à veiller au bien-être des salariés de manière générale.

 

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